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Publishers Newswire Announces its Latest List of 11 Books to Bookmark, for Q3/2008
REDONDO BEACH, Calif. -- Publishers Newswire, an online resource for small publishers, as well as lesser known and first-time book authors, announces its latest quarterly 'Books to Bookmark' list, for Q3/2008. This list is a round-up of new and interesting books which are often missed due to not originating from 'big name' authors, or major New York book publishing houses.

New Book 'Lady's Hands, Lion's Heart,' A Midwife's Saga by Carol Leonard
CONCORD, N.H. -- Announcing a new book from Bad Beaver Publishing, 'Lady's Hands, Lion's Heart, A Midwife's Saga' (ISBN 978-0-615-19550-6), by author Carol Leonard. Often laugh-out-loud funny and irreverent, occasionally disturbing and deeply sorrowful, Lady's Hands, Lion's Heart is the saga of Ms. Leonard's journey as New Hampshire's first modern midwife.

New Book: A Prosecutor's Anguish...The Untold Story of The Atlanta Courthouse Shootings
JACKSONVILLE, Fla. -- Widely anticipated new book about the Atlanta Courthouse Shootings, written by respected trial attorney, turned author, Shoran Reid. Waking the Sleeping Demon: 26 Hours of Terror in Atlanta (ISBN: 978-0-615-20749-0, Rella Publishing), follows the terrifying hours Former Prosecutor Ash Joshi felt hunted by Atlanta Courthouse Shooter Brian Nichols and reveals new information about events prior to and after the tragedy.

La veille d\'armes - Claude Farrere et Lucien Nepoty

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LA VEILLE D'ARMES.

par

CLAUDE FARRERE et LUCIEN NEPOTY.



Piece en cinq actes.

_Represente pour la premiere fois au Theatre du Gymnase le 5 janvier 1917.



PERSONNAGES

COMMANDANT DE LA CROIX DE CORLAIX: MM. Harry Baur.
BRAMBOURG: Henry Burguet.
COMMANDANT MORBRAZ: Cande.
VICE-AMIRAL DE FOLGOET: Marquet.
D'ARTELLES, enseigne de vaisseau: Maurice Varny.
LE DUC, matelot: Alcover.
BIRODART, mecanicien de vaisseau: Coradin.
COMMANDANT FERGASSOU: Valbret.
DOCTEUR RABEUF: Em. Lebreton.
VERTILLAC: Bender.
CONTRE-AMIRAL DE LUTZEN: Vonelly.
CONTRE-AMIRAL DE CHALLEROY: Louis Lebreton.
FOURDYLIS, mousse: Gardanne.
DAGORNE, matelot: Tressy.
KORCUFF: Lerighe.
DIQUELOU, matelot: Feld.
LE TELEMETRISTE: Lebreton
L'ESTISSAC: Ch. Leriche.
LE GREFFIER: Feld.
JEANNE: Mmes Madeleine Lely.
ALICE: Magd. Damiroff.



PREMIER ACTE


[Le theatre represente le salon et la salle a manger du capitaine de
vaisseau de la Croix de Corlaix, commandant le croiseur-eclaireur
l'Alma. (L'Alma est un batiment d'environ 5.000 tonnes. Ne pas exagerer
par consequent les dimensions apparentes du decor; un croiseur-eclaireur
n'est pas un cuirasse dreadnought.)

Les deux pieces, dans le prolongement l'une de l'autre forment l'arriere
du batiment. Deux amorces de cloison separent le salon et la salle a
manger, celle-ci a l'extremite poupe: ligne de sabords en demi-cercle
pouvant s'ouvrir sur la perspective nocturne et lunaire de la rade de
Toulon; (feux de batiments et feux de la terre ca et la). Dans le salon,
adosses aux amorces de cloison, petits divans de coin; a gauche, table a
ecrire, a droite, l'armoire blindee des documents secrets.

(Entre les amorces de cloison, draperie de brocart rouge (etoffe
reglementaire) courant sur longue tringle de cuivre; les deux pieces au
besoin n'en font qu'une seule.

Au lever du rideau, la draperie est ouverte completement. Le Commandant
de Corlaix est a table au milieu de ses convives. Brouhaha d'une
conversation animee. Rires, etc. Mais aussitot des "chut". Le silence se
fait. Corlaix se leve, le verre en main.]




SCENE PREMIERE


JEANNE, ALICE, CORLAIX, FERGASSOU, BIRODART, VERTILLAC, BRAMBOURG,
D'ARTELLES, a table.

[CORLAIX, debout, le verre en main.]

Messieurs, avant de passer au salon, permettez a votre commandant de
vous remercier de l'honneur et du plaisir que vous lui avez procures en
acceptant de diner a sa table. Un soir de mobilisation, il n'est pas
tres gai d'etre consignes tous a bord, au lieu d'aller a terre faire ses
adieux a la paix qui sera peut-etre defunte demain. Le service de la
nation nous l'ordonnait, nous n'avions tous qu'a obeir joyeusement. Moi,
d'ailleurs, j'aurais eu mauvaise grace a rien regretter puisque ma
famille m'a fait la charite de venir a moi qui ne pouvais aller a elle
et que mes officiers, qui sont ma famille egalement, ma famille de
marin, ont bien voulu ce soir m'entourer aussi. Aussi, je tiens a me
conformer au rite de la bonne tradition maritime et je leve mon verre,
Messieurs, a la sante de tous ceux et de toutes celles qui sont vos amis
et dont vous regrettez l'absence.

FERGASSOU. [Accent provencal qu'il exagere de temps en temps, par
plaisanterie. Cet accent ne sera presque plus perceptible au 3e acte.]

Commandant, a la votre! pour les toast [il prononce to-ast] vous etes un
peu la, coquin de sort! Ca n'est pas tout ca. Il faut que quelqu'un lui
reponde au Commandant.

CORLAIX. Oh! mon cher, pas de corvee ici, je dispense ...

FERGASSOU. Corvee, que vous dites?...

D'ARTELLES [debout le verre en main.] La corvee sera pour le commandant
[geste vers Corlaix] qui va etre oblige de m'ecouter.

ALICE. Bravo!

FERGASSOU. Ca va bien, il sait y faire, allez d'Artelles, roulez! zou!

D'ARTELLES. Commandant, je sollicite d'abord votre indulgence ... c'est
la premiere fois.

FERGASSOU. On le sait ... le debut, l'emotion inseparable, allez de
l'avant, zou! roulez, je vous dis! zou!

D'ARTELLES. Ce n'est pas seulement qu'il s'agit d'un debut ...

BRAMBOURG. De quoi diable, alors!

ALICE. Silence aux interrupteurs!

D'ARTELLES. Il s'agit de ceci: que nous tous tant que nous sommes,
c'est-a-dire tout l'etat-major et tout l'equipage de notre bonne vieille
_Alma_.

FERGASSOU. Coquin de sort! y parle comme un depute cet enseigne.

D'ARTELLES.... Bref, trois cents hommes au total, nous etions ce
matin ...

BRAMBOURG. Pas plus tard qu'il y a peu d'instants.

D'ARTELLES.... nous etions trois cents hommes tres malheureux.

FERGASSOU. Malheureux, c'est-a-dire que c'etait epouvantable.

D'ARTELLES. C'est bien simple: voila six jours que sous pretexte d'une
mission secrete ... et secrete ... on sait ce que parler veut dire.

BRAMBOURG. Excepte les journaux, personne n'en sait rien.

ALICE. Bravo! Fred, a propos, il n'y a toujours rien de nouveau?

CORLAIX. Nous ne savons toujours rien; nous attendons toujours le
telegramme de Paris. Mais, je vous en prie, la parole est a l'orateur.

D'ARTELLES. Merci, Commandant. Je repete: voila six jours que nous
sommes tous consignes a bord dans l'attente de cet appareillage
problematique, en sorte que ce soir, qui est peut-etre notre dernier
soir de paix, notre "Veille d'Armes", quoi, nous nous appretions tous
a souper a la mode des anciens chevaliers ...

ALICE. Ils jeunaient les anciens chevaliers ...

D'ARTELLES. C'est bien ce que je voulais dire, Mademoiselle, nous nous
appretions tous a jeuner comme eux, et vous nous avez epargne cette
tristesse-la, Commandant, vous nous l'avez epargnee somptueusement,
d'abord en nous reunissant autour d'une table de famille, et de plus, en
y faisant asseoir avec nous de quoi rejouir nos yeux et de quoi
reconforter nos coeurs. C'est de cela surtout que je tiens a vous
exprimer notre reconnaissance. Et je suis sur que vous ne m'en voudrez
pas si je leve mon verre a la sante de vos charmantes invitees plutot
qu'a la votre comme je devrais le faire.

[Corlaix s'incline.] [Applaudissements, bravos, etc. Brouhaha, Corlaix
se leve. Tout le monde l'imite.]

CORLAIX. Merci, d'Artelles. Gentil comme toujours!... Et sur ce ...
Mesdames ...

[Fergassou s'avance vers Mme de Corlaix, Rabeuf vers Alice.]

FERGASSOU. He be, Madame, sans avoir l'air de rien, c'est un petit
compliment de derriere les fagots qu'il vous a tourne, ce d'Artelles.

JEANNE. Je crois bien. [Elle prend le bras de Fergassou, puis s'arrete.]
Et tenez, j'ai meme envie de lui dire merci ... Commandant Fergassou vous
etes trop gentil pour m'en vouloir. [Elle lache le bras de Fergassou,
court a d'Artelles, passe avec lui. Jeux de scene. Ils causent a voix
basse. Alice passe au bras de Rabeuf, Birodart, Fergassou, Vertillac et
Brambourg ferment la marche.]

BRAMBOURG. [a Fergassou] Vous voila en penitence, commandant Fergassou:
prive de jolie femme.

FERGASSOU. Mon brave Monsieur Brambourg, ce qui me priverait, moi, quand
je peux faire plaisir a mes amis, ce serait de ne pas le faire.

VERTILLAC. Avec l'autorisation du Commandant, si nous organisions un
bridge? [Ils sont tous passes. Ils se separent. Rabeuf et Fergassou se
retrouvent en tete a tete, au premier plan. La scene a change pendant ce
dialogue. La table est maintenant desservie, les tapis verts en place.]

BIRODART. A la bonne heure!... Un petit bridge de mobilisation.

JEANNE. Encore ce mot ... Ah! ca, vous croyez donc tous que cette chose
soit possible?

FERGASSOU. He! he! les rumeurs sont assez facheuses.

RABEUF. D'ailleurs, Madame, c'est a vous de nous renseigner. Qu'est-ce
qu'on fait a Toulon?

JEANNE. Ah! on bavarde ... on s'exalte ... on compte les armees ... que
sais-je?

D'ARTELLES. Bref, beaucoup de bruit pour rien.

JEANNE. Mais cette mission? Pourquoi cette mission? C'est cela qui
m'inquiete. Pourquoi envoyer l'_Alma_ a Bizerte?

CORLAIX. Ma chere Jeanne, nous ne sommes pas encore partis. Un
contre-ordre est si vite arrive.

JEANNE. Il serait le bienvenu. Quelle joie!

FERGASSOU. Alors, esperons le.

JEANNE. En attendant, vous etes la ... sous pression.

CORLAIX. Au fait, Birodart, ou en sommes-nous pour les feux?

BIRODART. Rien de nouveau, Commandant. Nous avons toujours 24 chaudieres
en pression et nous pouvons appareiller et faire route 30 minutes apres
que vous en aurez donne l'ordre.

CORLAIX. Combien de charbon deja brule?

BIRODART. 250 tonnes environ?

CORLAIX. 12.000 francs de fumee! Mecanicien, vous coutez cher.

BIRODART. Pas moi, la mission.

[Vertillac, Brambourg sont debout autour de la table de bridge.]

VERTILLAC. Birodart, vous en etes?

BIRODART [a Corlaix]. Vous permettez, Commandant? [Il va les rejoindre.
Corlaix reste aupres de Fergassou et de Rabeuf. Jeanne cause a voix
basse avec d'Artelles, Alice circule, servant le cafe.]

JEANNE [a d'Artelles]. Vous, vous avez l'air ravi! Ca vous plairait, je
parie, qu'il y eut la guerre.

D'ARTELLES. Ma foi ... oui!

JEANNE. Et ceux que vous laisseriez derriere vous?

D'ARTELLES. Il n'y en a pas. Personne.

JEANNE. Comment? Personne? Vous n'avez pas de famille?

D'ARTELLES. Si ... lointaine.

JEANNE. Et ... c'est tout?

D'ARTELLES. Presque tout. [Bas.] Mauvaise!

JEANNE. Chut! prends garde!

ALICE. Monsieur d'Artelles, a mon secours! Toute seule, je n'arriverai
jamais a satisfaire ma clientele.

D'ARTELLES [se precipitant]. Je vous demande pardon, Mademoiselle.

ALICE. Je vous charge du sucre.

D'ARTELLES. Merci de la confiance!

FERGASSOU. Enfin! voila donc un enseigne qui va servir a quelque chose.

ALICE [bas, a Jeanne]. Mechante, mechante!

JEANNE. Pourquoi?

ALICE [lui montrant Corlaix]. Regarde ce monsieur, la-bas ... C'est ton
mari. Tu es sure de ne pas l'oublier, des fois? Il t'a regardee, tu
sais, pendant tout le diner ... Il t'a regardee ... d'un regard si tendre,
si tendre ... ca m'a creve le coeur. On parle de mobilisation, personne
ne sait ce qui se passera demain et toi ... Qu'est-ce qu'il te racontait
donc, cet enseigne?

JEANNE. Que tu es bete! Rien du tout, naturellement!

ALICE. "Naturellement!" Tu es admirable. Comme si je ne savais pas ce
que les hommes disent aux femmes ...

JEANNE. Tu m'as l'air d'une femme, toi! Espece de petite fille!

ALICE. Comme si on avait besoin d'etre mariee pour ...

JEANNE. Oh! ne dis pas d'inconvenances!

ALICE. Zut! je suis une vieille fille! Pas une petite. Les vieilles
filles ont le droit de dire ce qu'elles veulent! Et moi, ce que je veux,
c'est que tu ne fasses pas de chagrin a ton mari. Tu es une brave petite
bonne femme aussi vrai que ta soeur est une vieille bete dont tu fais
tout ce que tu veux. Est-ce vrai?

JEANNE [l'embrassant en riant]. Oui.

ALICE. Alors, va l'embrasser aussi, lui ... le monsieur la-bas! Ton
mari ...

BRAMBOURG [qui s'est approche des deux femmes, a Jeanne]. Faut-il vous
inscrire au bridge, Madame?

JEANNE [qui a la vue de Brambourg n'a pu se defendre d'un leger
mouvement de repulsion,--d'un ton cassant]. Non, Monsieur, je ne jouerai
pas.

[Brambourg s'incline en souriant.]

BRAMBOURG [a Alice]. Et vous, Mademoiselle?

ALICE. On ne sait pas ... Peut-etre ... oui ...

BRAMBOURG [rapportant la reponse a ceux qui sont vers la table de
bridge]. Madame de Corlaix dit non et Mademoiselle Perlet dit:
peut-etre.

ALICE [bas, a Jeanne]. Tu as une facon de rembarrer les gens!

JEANNE. Celui-la m'exaspere!

ALICE. Pourquoi? Il te fait la cour?

JEANNE. La cour! Tu t'y connais!

[Alice va vers la table de bridge ou Vertillac et Birodart sont deja
installes.]

VERTILLAC. Bravo, Mademoiselle. [A Corlaix.] Commandant, nous
n'attendons plus que vous.

JEANNE. Pardon, Messieurs. Mon mari ne jouera pas tout de suite si vous
permettez. Il a des choses importantes a me dire.

RABEUF [a Fergassou]. Commencons toujours. On est quatre.

FERGASSOU. Eclipsons-nous sans en avoir l'air ...

[En riant, ils vont rejoindre les joueurs. Ceux qui ne sont pas assis a
la table de bridge se groupent pour suivre la partie. Jeanne et Corlaix
restent seuls dans le salon.]

JEANNE [qui est assise deliberement pres du bureau de Corlaix]. Eh bien,
Fred?

CORLAIX. Vous etes bien sure que c'est moi qui ai a vous parler? [Jeanne
fait un "oui" tres serieux de la tete.] Ah! alors ... Mais qu'est-ce que
j'ai a vous dire?

JEANNE. Oh! Fred! Il faut que ce soit moi qui vous souffle ... dans des
circonstances pareilles? [Affectueusement] Vous avez a me dire que vous
auriez beaucoup de peine s'il vous fallait quitter votre petite fille
sans lui dire adieu!

CORLAIX. Voyons! Voyons! Pour une petite fille, le depart d'un vieux
monsieur n'est jamais une chose bien grave!

JEANNE. Un vieux monsieur? Mais je vous defends de traiter ainsi mon
mari ... On voit bien que vous ne le connaissez pas. Si vous pouviez
l'apprecier, vous sauriez qu'il est le plus brillant officier de notre
marine et que je serais, moi, un monstre si je n'etais pas extremement
fiere d'etre sa femme. Vous sauriez que je suis devant lui comme un
enfant qui a trouve dans son sabot de Noel un cadeau magnifique,
beaucoup trop magnifique, bien au-dessus de son intelligence et de son
age. Il le regarde avec respect et il est impatient de grandir pour le
connaitre tout a fait ...

CORLAIX. Le petit Noel s'est trompe ...

JEANNE. Le petit Noel ne se trompe jamais!

[Un temps. Corlaix medite, le regard perdu. Tous les mots lui ont fait
mal.]

JEANNE [qui tripote d'une main les feuilles qui sont sur le bureau,
changeant de ton]. Oh! mais c'est un scandale abominable! Une etrangere
au milieu de ces documents secrets! Vous la cherchez? Mais c'est cette
affreuse petite patte, cette intrigante!... Oh! moi, je sais bien ce
qu'elle veut, et vous Fred, vous ne devinez pas? Allons, vite, vous
voyez bien que je fais le guet. [Pendant qu'elle surveille les joueurs,
Corlaix qui a compris s'empare de la main de Jeanne et la baise avec
passion. Jeanne eclate de rire, triomphante.]

CORLAIX. Enfant!

JEANNE. Pas plus que vous.

[Depuis un instant, il y a de sourdes rumeurs de dispute a la chambre de
bridge. Jeanne se sauve vers le sabord, s'assied et regarde au dehors.]

VERTILLAC. C'est trop fort! [A Corlaix.] Commandant, je reclame votre
arbitrage.

BIRODART. Moi aussi.

CORLAIX [allant a eux]. Qu'est-ce que c'est?

VERTILLAC. Birodart est mon partenaire. Je lui annonce une longueur de
carreau.

BIRODART. Pardon, pardon, mon cher, commencons par le commencement. Je
demande un sans atout.

VERTILLAC. Un sans atout avec ce jeu-la. Regardez, Commandant.

BIRODART. C'est un jeu superbe.

[Pendant la querelle, Brambourg est entre dans le salon. Sans bruit, il
ferme le rideau qui separe le salon de la salle a manger.]




SCENE II

JEANNE, BRAMBOURG.


BRAMBOURG. Fermons la cage. Ils vont se devorer. Affreux spectacle! [Il
fait quelque pas vers Jeanne.] Ah! la rade de Toulon! Les lumieres, les
feux des batiments. Parions que vous trouvez ca tres joli?

JEANNE. Ce n'est pas votre avis?

BRAMBOURG. Si, si, mais moi, devant ces grands spectacles, je suis moins
interesse par leur ensemble que par tel petit detail que je decouvre
tout a coup et que je decouvre d'autant plus que j'imagine qu'il est a
moi seul. Aussi jugez si je le deguste en gourmet. Par exemple, ce soir,
je l'ai decouvert tout de suite en entrant, mon petit detail, et il est
particulierement joli. [S'approchant encore de Jeanne qui regarde par le
sabord et semble ne pas l'ecouter.] Savez-vous, Madame, pourquoi cette
grande mer a ete creee, pourquoi cette enorme masse sombre pleine de
lueurs?... Non? Tout simplement pour qu'un reflet bleu, si leger qu'il
est a peine perceptible, frissonne ... sur la courbe blanche de votre
epaule. [Geste de pudeur de Jeanne. Elle se leve et s'eloigne de lui.]

JEANNE. Monsieur ... vous n'etes pas au bridge?...

BRAMBOURG. Pas encore. J'attends. Je ne me presse jamais. Pas seulement
quand il s'agit de bridge, mais aussi des autres jeux, meme le plus
grand de tous: la vie. Oui, j'ai la fatuite de croire que mon tour
viendra toujours et cela me donne une grande patience. Les rebuffades me
font moins de mal. J'espere, j'attends ... Oui, c'est bien cela!
j'attends. C'est delicieux de consoler.

JEANNE. Consoler?

BRAMBOURG. Consoler.

JEANNE [changeant de ton]. Monsieur Brambourg, je vais vous faire un
aveu: je suis tres sotte.

BRAMBOURG [se recriant]. Oh!

JEANNE. Si, si. Je me connais bien, allez. Et la preuve, c'est que je ne
vous comprends pas. Vous croyez avoir affaire a une Parisienne. J'ai ete
elevee a la campagne, puis j'ai vecu en province. Toutes les finesses
m'echappent. Avec moi, il faut parler franchement, brutalement, sans
reticences.

BRAMBOURG. Encourage comme je le suis ...

JEANNE. Il est possible que je sois injuste. Il y a peut-etre un
malentendu entre nous. Dissipons-le une bonne fois, voulez-vous?

BRAMBOURG. Vous me traitez en ennemi.

JEANNE. J'ai tort. Asseyons-nous. [Elle s'assied devant le bureau.]
Causons gentiment, comme des camarades. [Regard de Brambourg vers le
rideau.] Oh! ils ne s'occupent pas de nous. [Riant.] Nous sommes bien
seuls. Profitons-en.

BRAMBOURG [s'asseyant de l'autre cote du bureau.] Je ne demande pas
mieux.

JEANNE. Et puis, plus d'images comme tout a l'heure. Vite la prose.

BRAMBOURG. C'est mon avis. Ou en etais-je?

JEANNE. Je vais vous aider. Vous disiez en dernier lieu ...

BRAMBOURG [riant]. Dans mon dernier poeme?

JEANNE [riant aussi]. Oh! oui ... Que votre sort est d'attendre ...

BRAMBOURG. Je me rappelle.

JEANNE. Attention! Vous m'avez promis des reponses tres nettes. Attendre
quoi?

BRAMBOURG. Ma chance.

JEANNE. Consoler qui?

BRAMBOURG. Vous.

JEANNE. Moi?.., Donc je suis malheureuse?

BRAMBOURG. Il est bien entendu que nous sommes deux camarades?

JEANNE. Oui, oui.

BRAMBOURG. Eh bien! prouvez-le en avouant l'evidence.

JEANNE. Pour l'instant, je n'avoue rien. J'ecoute. Parlez.

[Elle a les coudes sur la table, le menton dans les mains et regarde
Brambourg bien en face.]

BRAMBOURG. Allons, ne me prenez pas pour plus simple que je ne suis.
Pardi! vous vous donnez le change a vous-meme en vous repetant "c'est un
officier de grande valeur". Evidemment ... c'est presque un grand
homme ... D'accord! mais en amour, la verite, la voila toute crue, comme
vous la desirez: votre mari a le double de votre age.

JEANNE. Meme un peu plus.

BRAMBOURG [encourage]. Plus du double de votre age. Alors, dans votre
deconvenue, pourquoi rester si froide, si tranchante? Vous ne croyez
donc pas au devouement, a l'abnegation, a la folie? au respect aussi,
oui, au respect. Qu'est-ce que je vous demande, moi, un peu de
confiance, le droit de souffrir de vos deceptions, d'etre ... votre
ami ... qui vous aime ...

JEANNE [se levant]. Enfin!

BRAMBOURG. Si vous vouliez, je ...

JEANNE. Cela suffit, Monsieur. C'est tres clair, maintenant. Je puis
vous repondre. Soyez tranquille, je ne ferai pas du drame de mauvais
gout. Ecoutez seulement ceci: J'aime mon mari, oui, je l'aime, et par
contre ... je ne suis pas sure d'eprouver pour vous une estime
particuliere. Si je ne suis pas extremement claire, dites-le. Je tiens
avant tout a nous eviter a tous deux de nouvelles humiliations.

BRAMBOURG. Mes compliments. Bien joue. J'ai ete fait comme un gosse.

JEANNE. Et puisque nous n'avons plus rien a nous dire, rien, jamais,
excusez-moi. [Appelant par le rideau.] Monsieur d'Artelles?

BRAMBOURG [se levant]. Pardi!

[Jeanne se retourne vivement vers Brambourg. Corlaix entre, il les
examine l'un apres l'autre.]




SCENE III


Les Memes, CORLAIX, D'ARTELLES
[entre a la suite de Corlaix]

CORLAIX. Qu'y a-t-il, Jeanne? [Jeanne fait "non" de la tete.]

JEANNE. Rien du tout. Monsieur d'Artelles, voulez-vous me conduire sur
le pont. J'ai besoin d'air.

[Sortent Jeanne et d'Artelles.]


SCENE IV

CORLAIX, BRAMBOURG [Un temps. Brambourg esquisse un depart vers le
rideau. Corlaix l'appelle.]

CORLAIX. Brambourg?

BRAMBOURG. Commandant?

CORLAIX [cherchant dans ses papiers, sur son bureau]. Au rapport, j'ai
trouve un motif de punition ... [Il trouve le rapport.] Voila! [Il le
parcourt.] Fichtre! comme vous y allez! Pourtant Dagorne est un bon
sujet. Ah! vous savez les rediger, vous, les motifs, les motifs qui font
des petits.

BRAMBOURG. Mon Dieu, Commandant ...

CORLAIX. Mon Dieu, oui, un commandant qui punirait sans enquete, tarif
d'une main, motif de l'autre ... ma foi, je crois bien que ce commandant
flanquerait a ce pauvre diable trente jours de prison effective ... le
maximum, vous ne croyez pas, vous?

BRAMBOURG. Trente jours ... c'est beaucoup.

CORLAIX. Disons meme que c'est trop. En somme, quoi? Il a parle a haute
voix sur la passerelle, Dagorne? et c'est a peu pres tout ... Parler sur
la passerelle, ca merite bien ... voyons, deux jours ... de police ... de
police simple, s'entend! avec sursis.

BRAMBOURG. Sursis?

CORLAIX. J'en etais sur? Vous trouvez maintenant que c'est peu, la ...
Vous voyez bien que vous etes feroce.

BRAMBOURG. Mais je vous assure que non, Commandant ... je serais plutot
le contraire.

CORLAIX. Fichtre!... Debonnaire alors?

BRAMBOURG. Ma foi oui, je me vois assez comme ca.

CORLAIX. Ca ne m'etonne pas. Je parie que les tigres s'estiment bons
comme pain et les moutons mechants comme gale.

BRAMBOURG. Il y a du pour et du contre, c'est selon.

CORLAIX. Selon quoi?

[Brambourg: geste.]

CORLAIX. Dites-le donc.

BRAMBOURG. Commandant, je ne me permettrais pas de discuter ...

CORLAIX. Pourquoi cela? Mes cinq galons vous impressionnent.

BRAMBOURG. Il y a un peu de cela.

CORLAIX. Sapristi! mon cher, vous etes marin comme moi, je suppose et
vous vous inquietez de galons?... Nous, marins, qui avons cet avantage
inoui de jouir d'une discipline alerte et souriante, d'une bonne fille
de discipline sans raideur et sans facon ... d'une discipline joyeuse,
paternelle ... et forte tout de meme ... et sure ... nous qui jouissons de
cela, nous n'allons pourtant pas y renoncer, hein? nous n'allons
pourtant pas les jeter par-dessus bord ... ce serait moi foi trop bete!
et puisque la mer nous permet de bavarder ici, vous et moi, d'egal a
egal ... puisque vous avez le droit, puisque vous avez le devoir de me
dire en face: "Je ne suis pas de votre avis, vous avez tort!" puisque
vous devez me dire cela, sapristi! dites-le moi ... si vous le pensez.
Voyons, mon ami, dites-le moi donc.

BRAMBOURG. Dame.

CORLAIX. Je vous en prie.

BRAMBOURG. Eh bien, Commandant ... vous etes, vous pour l'indulgence
contre la severite, et vous avez raison, vous, parce que vous etes,
vous, un cas particulier.

CORLAIX. C'est bien de l'honneur. Je me serais cru un cas tout a fait
general.

BRAMBOURG. Oh! Commandant! vous etes excessivement modeste. Un officier
comme vous ...

CORLAIX. C'est entendu. Si cela vous est egal, passons aux officiers ...
pas comme moi?

BRAMBOURG [s'inclinant]. C'est justement a eux que je voulais en
venir ... Je me trompe peut-etre, mais j'imagine que ces officiers-la ne
pourraient etre comme vous ... pour l'indulgence contre la severite ...
sans inconvenients majeurs.

CORLAIX. Quels inconvenients?

BRAMBOURG. Il n'en manque pas.

CORLAIX. Par exemple!

BRAMBOURG. C'est delicat.

CORLAIX. Si vous craignez que je ne comprenne pas ...

BRAMBOURG. Voyons, Commandant!

CORLAIX. Vous hesitez tellement!

BRAMBOURG. J'ai peur de m'expliquer tres mal.

CORLAIX. Vous avez pourtant la langue assez bien pendue.

BRAMBOURG. Voyez! Commandant! vous etes toujours pour l'indulgence.

CORLAIX. Brambourg!... Voyons?... Elle a donc peur du clair de lune,
votre idee de derriere la tete que vous n'osez la sortir.

BRAMBOURG. Je n'ai aucune idee de derriere la tete et d'ailleurs rien
n'est plus simple au fond. Si j'etais indulgent, moi, comme vous l'etes,
vous, mon indulgence courrait grand risque d'etre prise pour de la
faiblesse et peut-etre pour de la complaisance.

CORLAIX. Par qui?

BRAMBOURG. Par tout le monde.

CORLAIX. C'est beaucoup de monde! vos subordonnes ... vos superieurs.

BRAMBOURG. Tout le monde. [Silence. Il continue apres avoir hesite.] Et
sur terre comme sur mer ... Il y a naturellement des hommes
privilegies ... ceux dont le merite ...

CORLAIX. C'est entendu. Mais les autres hommes?

BRAMBOURG. Les autres hommes? Dame, j'en sais qui ont voulu tenter
l'aventure d'etre bons ... d'etre trop bons ... et qui s'en sont mal
trouves. Ils cherchaient a se faire aimer ... ils se font fait
mepriser ...berner ...

CORLAIX. Diable de diable!... A ce point?...

BRAMBOURG. Commandant, vous vous moquez de moi ... Mais cette fois, vous
avez tort ... Je pourrais citer des cas ... j'en sais de lamentables ...

CORLAIX. Citez, mon cher, citez!...

BRAMBOURG. A quoi bon, Commandant?... La liste est trop longue des
hommes de coeur bafoues par la canaille ...

CORLAIX. Ma foi! vous etes trop jeune pour avoir souvent voyage et tout
de meme vous etes revenu de beaucoup de pays.

BRAMBOURG. Oh! je n'ai pas besoin de quitter la France ... ni meme
Toulon ... Des soldats qui carottent leurs officiers?... des valets qui
pillent leurs maitres.?... des femmes qui trompent leurs maris?... que
diable n'a pas vu cela partout et mille et dix mille fois!

CORLAIX. C'est toujours instructif a rappeler ... quand c'est a propos.

BRAMBOURG [qui poursuit]. Il n'y a pas si longtemps que je l'ai vu.


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