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Publishers Newswire Announces its Latest List of 11 Books to Bookmark, for Q3/2008
REDONDO BEACH, Calif. -- Publishers Newswire, an online resource for small publishers, as well as lesser known and first-time book authors, announces its latest quarterly 'Books to Bookmark' list, for Q3/2008. This list is a round-up of new and interesting books which are often missed due to not originating from 'big name' authors, or major New York book publishing houses.

New Book 'Lady's Hands, Lion's Heart,' A Midwife's Saga by Carol Leonard
CONCORD, N.H. -- Announcing a new book from Bad Beaver Publishing, 'Lady's Hands, Lion's Heart, A Midwife's Saga' (ISBN 978-0-615-19550-6), by author Carol Leonard. Often laugh-out-loud funny and irreverent, occasionally disturbing and deeply sorrowful, Lady's Hands, Lion's Heart is the saga of Ms. Leonard's journey as New Hampshire's first modern midwife.

New Book: A Prosecutor's Anguish...The Untold Story of The Atlanta Courthouse Shootings
JACKSONVILLE, Fla. -- Widely anticipated new book about the Atlanta Courthouse Shootings, written by respected trial attorney, turned author, Shoran Reid. Waking the Sleeping Demon: 26 Hours of Terror in Atlanta (ISBN: 978-0-615-20749-0, Rella Publishing), follows the terrifying hours Former Prosecutor Ash Joshi felt hunted by Atlanta Courthouse Shooter Brian Nichols and reveals new information about events prior to and after the tragedy.

La Cour de Louis XIV - Imbert de Saint Amand

I >> Imbert de Saint Amand >> La Cour de Louis XIV

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LA COUR DE LOUIS XIV

PAR

IMBERT DE SAINT-AMAND




INTRODUCTION


I


"Vous voulez du roman, dit un jour M. Guizot; que ne vous adressez-vous a
l'histoire?" Le grand ecrivain avait raison. Le roman historique est
maintenant demode. On se lasse de voir defigurer les personnages celebres,
et l'on partage l'avis de Boileau:

Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.

Y a-t-il, en effet, des inventions plus saisissantes que la realite? Un
romancier, si ingenieux qu'il soit, trouvera-t-il des combinaisons plus
variees et des scenes plus emouvantes que les drames de l'histoire?
L'esprit le plus fecond imaginerait-il, par exemple, des types aussi
curieux que ceux des femmes de la cour de Louis XIV et de Louis XV? Sans
doute leur histoire est connue. Je n'ai pas la pretention de recommencer
la biographie de la reine Marie-Therese, de Mme de Montespan, de la mere
du Regent, de la duchesse de Bourgogne, de la duchesse de Berry, des
soeurs de Nesle, de Mme de Pompadour, de Mme du Barry, de Marie Leczinska,
de Marie-Antoinette, de Madame Elisabeth, de la princesse de Lamballe.
Mais je voudrais, sans decrire l'ensemble de leur carriere, tenter de
tracer l'esquisse des heroines qui peuvent etre appelees: _les femmes de
Versailles_.

Pour ce travail de reconstruction, ce ne sont pas les materiaux qui
manquent, ils sont plutot trop abondants. Ce ne sont pas seulement les
anciens memoires, ceux de Dangeau, de Saint-Simon, de la princesse
Palatine, de Mme de Caylus pour le regne de Louis XIV; du duc de Luynes,
de Maurepas, de Villars, du marquis d'Argenson, du president Henault, de
l'avocat Barbier, de l'avocat Marais, de Duclos, de Mme du Hausset pour le
regne de Louis XV; du baron de Bezenval, de Mme Campan, de Weber, du comte
de Segur, de la baronne d'Oberkirch pour le regne de Louis XVI, qui nous
serviront de guide. Ce sont encore les Histoires de Voltaire, de Henri
Martin, de Michelet, de M. Jobez; les patientes investigations de la
science moderne, les travaux des Sainte-Beuve, des Noailles, des Lavallee,
des Walckenaer, des Feuillet de Conches, des Le Roi, des Soulie, des
Rousset, des Pierre Clement, des d'Arneth, des Goncourt, des Lescure, de
la comtesse d'Armaille, de MM. Boutaric, Honore Bonhomme, Campardon, de
Barthelemy et de tant d'autres historiens et critiques distingues.

Assurement, il y a nombre de personnes qui connaissent a fond l'inventaire
de tous ces tresors. A de tels erudits je n'ai la pensee de rien
apprendre, et je ne suis, je le sais, que l'obscur disciple de tels
maitres. Mais peut-etre les gens du monde ne me blameront-ils pas d'avoir
etudie, pour eux, tant d'ouvrages; peut-etre des jeunes filles qui ont
acheve leurs etudes classiques me sauront-elles gre de resumer a leur
intention des lectures qu'elles ne feraient pas. Mon but serait de
vulgariser l'histoire en respectant scrupuleusement la verite, meme
lorsque je ne la dirai pas tout entiere; de repeupler les salles desertes,
de resumer brievement les lecons de morale, de psychologie, de religion,
qui sortent du plus grandiose des palais.

Puissent les femmes de Versailles etre pour moi autant d'Arianes dans ce
merveilleux labyrinthe!

Ce qui facilite la resurrection des femmes de la cour de Louis XIV et de
Louis XV, c'est la conservation du palais ou se passa leur existence.


II


Une ville a rarement presente un spectacle aussi frappant que celui
qu'offrait Versailles en 1871, pendant la lutte de l'armee contre la
Commune. Entre le grand siecle et notre epoque, entre la majeste de
l'ancienne France et les dechirements de la France nouvelle, entre les
horreurs lugubres dont Paris etait le theatre et les radieux souvenirs de
la ville du Roi-Soleil, le contraste etait aussi douloureux que
saisissant. Ces avenues ou l'on se montrait le chef du gouvernement et le
glorieux vaincu de Reichshoffen; cette place d'armes encombree de canons;
ces drapeaux rouges, tristes trophees de la guerre civile, qui etaient
portes a l'Assemblee, a la fois comme un signe de deuil et de victoire; ce
magnifique palais, d'ou semblait sortir une voix suppliante qui adjurait
nos soldats de sauver un si bel heritage de splendeurs historiques et de
grandeurs nationales, tout cela remplissait l'ame d'une emotion profonde.

A l'heure d'angoisses ou l'on se demandait avec une inquietude, helas!
trop justifiee, ce qu'allaient devenir les otages, ou l'on savait que
Paris etait la proie des flammes, ou l'on se disait que peut-etre, de la
Babylone moderne, de la capitale du monde, il ne resterait plus qu'un
monceau de cendres, le Pantheon de toutes nos gloires semblait nous
adresser des reproches et faire naitre dans nos coeurs des remords. La
France de Charlemagne et de saint Louis, de Louis XIV et de Napoleon,
protestait contre cette France odieuse que les hommes de la Commune
avaient la pretention de faire naitre sur les debris de notre honneur.
On se croyait le jouet d'un mauvais reve. Il y avait quelque chose
d'insolite, de bizarre dans le bruit d'armes qui troublait les abords de
ce chateau, calme et majestueuse necropole de la monarchie absolue.

Meme dans ces jours cruels dont le souvenir ne s'effacera jamais de ma
memoire, l'ombre de Louis XIV m'apparaissait sans cesse. J'eus alors le
desir de revoir ses appartements. Ils etaient occupes en partie par le
personnel du ministere de la Justice et par les commissions de
l'Assemblee; mais on avait respecte la chambre du Grand Roi, et aucun
fonctionnaire n'aurait ose transformer en bureau le sanctuaire de la
royaute. Dans notre siecle de demagogie, je ne contemplais pas sans
respect cette chambre ou le souverain par excellence mourut en roi et en
chretien. Que de reflexions me fit faire l'incomparable galerie des
Glaces! A quelques jours de distance, elle avait ete une salle de
triomphe, une ambulance et un dortoir. C'est la que notre vainqueur,
entoure de tous les princes allemands, avait proclame le nouvel empire
germanique. C'est la que les blesses prussiens de Buzenval avaient ete
portes. C'est la que les deputes de l'Assemblee avaient couche quelques
jours en arrivant a Versailles.

Tristes vicissitudes du sort! Cette galerie etincelante, cet asile des
splendeurs monarchiques, ce lieu d'apotheose, ou le pinceau de Lebrun a
ranime les pompes du paganisme et la mythologie; cet Olympe moderne, ou
l'imagination evoque tant de brillants fantomes, ou l'aristocratie
francaise ressuscite avec son elegance et sa fierte, son luxe et son
courage; cette galerie de fetes, qu'ont traversee tant de grands hommes,
tant de beautes celebres, helas! dans quelles circonstances douloureuses
m'etait-il donne de la revoir! De l'une des fenetres, je regardais ce
paysage grandiose ou Louis XIV n'apercevait rien qui ne fut lui-meme, car
le jardin cree par lui etait tout l'horizon. Mes yeux se fixaient sur
cette nature vaincue, sur ces eaux amenees a force d'art qui ne
jaillissent qu'en dessin regulier, sur cette architecture vegetale qui
prolonge et complete l'architecture de pierre et de marbre, sur ces
arbustes qui croissent avec docilite sous la regle et l'equerre. Je
comparais l'harmonieuse regularite du parc a l'art incoherent des epoques
revolutionnaires, et au moment ou l'astre que Louis XIV avait pris pour
devise se couchait a l'horizon, comme le symbole de la royaute evanouie,
je me disais:

"Ce soleil, il reparaitra demain aussi radieux, aussi superbe. O France,
en sera-t-il de meme de ta gloire?"

Je me preoccupais alors de celui que Pellisson appelait le miracle
visible, du potentat en l'honneur duquel tout etait a bout de marbre, de
bronze et d'encens, et qui, pour nous servir d'une expression de Bossuet,
"n'a pas meme joui de son sepulcre." Dieu, me disais-je, lui a-t-il
pardonne cet orgueil asiatique, qui en a fait une sorte de Balthazar et de
Nabuchodonosor chretien? Ce souverain qui chantait avec des larmes
d'attendrissement les hymnes composes a sa louange par Quinault, quelle
idee se fait-il aujourd'hui des grandeurs de la terre? Son ame
s'emeut-elle encore de nos interets et de nos passions, ou bien le monde,
grain de sable, atome dans l'univers immense, est-il trop miserable pour
appeler l'attention de ceux qui ont sonde les mysteres de l'eternite? Que
pense-t-il, ce grand roi, de son Versailles, temple de la royaute absolue
qui devait, avant que le temps eut noirci ses lambris dores, en etre le
tombeau? Quelle opinion a-t-il de nos discordes, de nos miseres, de nos
humiliations? Lui, qui avait conserve un souvenir si amer des troubles de
la Fronde, comment juge-t-il les exces de la demagogie actuelle? Son ame
de roi et de Francais a-t-elle tressailli quand, dans cette salle decoree
de peintures triomphales, le nouveau maitre de Strasbourg et de Metz a
restaure cet empire d'Allemagne que la France avait mis des siecles a
detruire? Quel contraste entre nos revers et les fresques superbes qui
ornent le plafond! La Victoire etend ses ailes rapides, la Renommee
embouche sa trompette. Porte sur un nuage et suivi de la Terreur, Louis
XIV tient en main la foudre. Le Rhin, qui se reposait sur son urne, se
releve epouvante de la vitesse avec laquelle il voit le monarque
traversant les eaux, et d'effroi il laisse tomber son gouvernail. Les
villes prises sont representees sous les traits de ces captives en pleurs.
L'Espagne, c'est le lion blesse; l'Allemagne, c'est cet aigle precipite
dans la poussiere.

Tout en regardant avec melancolie ces eblouissantes et fastueuses
peintures, je me rappelais ces paroles de Massillon: "Que nous reste-t-il
de ces grands noms qui ont autrefois joue un role si brillant dans
l'univers? On sait ce qu'ils ont ete pendant ce petit intervalle qu'a dure
leur eclat; mais qui sait ce qu'ils sont dans la region eternelle des
morts?"

L'esprit plein de ces pensees, je descendais l'escalier de marbre, cet
escalier au haut duquel Louis XIV attendait le grand Conde, qui, affaibli
par l'age et les blessures, ne montait que lentement:

"Mon cousin, lui dit le monarque, ne vous pressez pas. On ne peut pas
monter tres vite quand on est charge, comme vous, de tant de lauriers."

Le soir, je voulais encore revoir la statue du Grand Roi, dont le souvenir
m'avait si vivement impressionne pendant toute la duree du jour. La nuit
etait sereine. Sa beaute douce et recueillie contrastait doublement avec
les fureurs et les agitations des hommes. Son silence etait interrompu par
le bruit de l'artillerie fratricide, qui tonnait dans le lointain. C'est
en l'honneur de Louis XIV que les sentinelles semblaient monter la garde
sur cette place, ou il avait si souvent passe la revue de ses troupes. A
la lueur des etoiles, je contemplais la statue majestueuse de celui qui
fut plus qu'un roi. Sur son cheval colossal, il m'apparaissait comme la
personnification glorieuse du droit qu'on a qualifie de divin.

Republicaine ou monarchique, la France ne doit rien renier d'un tel passe.
L'histoire d'un pareil souverain ne saurait que lui inspirer des idees
hautes, des sentiments dignes d'elle et de lui. Il lutta jusqu'au bout
contre les puissances coalisees, et quand on prononcait en Europe ce mot
unique: le _roi_, chacun savait de quel monarque il s'agissait. Ah! cette
statue est bien l'image de l'homme habitue a vaincre, a dominer et a
regner, du potentat qui triomphait de la rebellion avec un regard mieux
que Richelieu avec la hache.

Laissons les coryphees de l'ecole revolutionnaire chercher en vain a
degrader ce bronze imperissable. La boue qu'ils voudraient jeter au
monument n'atteindra pas meme le piedestal. Dans cette nuit ou les canons
de la Commune repondaient a ceux du Mont-Valerien, la statue me semblait
plus imposante que jamais. On eut dit qu'elle s'animait, comme celle du
Commandeur. Le geste avait quelque chose de plus fier et de plus imperieux
que dans les epoques moins troublees. Son baton de commandement a la main,
le Grand Roi, dont le regard est tourne du cote de Paris, semblait dire a
la ville insurgee, comme le convive de marbre a don Juan: "Repens-toi."


III


La profonde impression que Versailles m'avait produite pendant les jours
de la Commune est loin de s'etre affaiblie depuis ce moment. Des
circonstances bien imprevues ont fait occuper les appartements de la reine
par la direction politique du ministere des Affaires etrangeres. Ma
modeste table de travail a ete, une annee, placee au bout de la salle du
Grand-Couvert, en face du tableau qui represente le _doge Imperiali_
s'humiliant devant Louis XIV, et j'ai eu le temps de reflechir sur les
peripeties etranges, sur les caprices du sort, par suite desquels les
employes du ministere dont je fais partie etaient, pour ainsi dire, campes
au milieu de ces salles legendaires.

Les cinq pieces qui composent l'appartement de la reine ont toutes une
importance historique. A chacune se rattachent les plus curieux souvenirs.
Vous montez l'escalier de marbre. A droite est la salle des gardes de la
reine. C'est la que, le 6 octobre 1789, a 6 heures du matin, les gardes du
corps, victimes de la fureur populaire, defendirent avec tant de courage,
contre une bande d'assassins, l'entree de l'appartement de
Marie-Antoinette. La salle suivante est celle du Grand-Couvert. C'est la
que les reines dinaient solennellement, en compagnie des rois; ces festins
d'apparat avaient lieu plusieurs fois par semaine, et le peuple etait
admis a les contempler. Non seulement comme reine, mais deja comme
dauphine, Marie-Antoinette se soumit a cette bizarre coutume. "Le dauphin
dinait avec elle, nous dit Mme Campan dans ses Memoires, et chaque menage
de la famille royale avait tous les jours son diner public. Les huissiers
laissaient entrer tous les gens proprement mis. Ce spectacle faisait le
bonheur des provinciaux. A l'heure des diners, on ne rencontrait dans les
escaliers que de braves gens qui, apres avoir vu la dauphine manger sa
soupe, allaient voir les princes manger leur bouilli et qui couraient
ensuite, a perte d'haleine, pour aller voir Mesdames manger leur dessert."

Apres la salle du Grand-Couvert est le salon de la Reine. Le cercle de la
souveraine se tenait dans cette piece, ou l'on faisait les presentations.
Son siege etait place au fond de la salle, sur une estrade couverte d'un
dais dont on voit encore les pitons d'attache dans la corniche en face des
fenetres. C'est la que brillerent les beautes celebres de la cour de Louis
XIV, avant que le roi allat s'emprisonner dans les appartements de Mme de
Maintenon. C'est la que le president Henault et le duc de Luynes venaient
sans cesse causer avec cette aimable et bonne Marie Leczinska, en qui
chacun se plaisait a reconnaitre les vertus d'une bourgeoise, les manieres
d'une grande dame, la dignite d'une reine. C'est la que Marie-Antoinette,
la souveraine a la taille de nymphe, a la marche de deesse, a l'aspect
doux et fier digne de la fille des Cesars, recevait, avec cet air royal de
protection et de bienveillance, avec ce prestige enchanteur dont les
etrangers emportaient le souvenir a travers l'Europe comme un
eblouissement.

La piece suivante est, de toutes, celle qui evoque le plus de souvenirs.
C'est la chambre a coucher de la reine, la chambre ou sont mortes deux
souveraines: Marie-Therese et Marie Leczinska; deux dauphines: la dauphine
de Baviere et la duchesse de Bourgogne;--la chambre ou sont nes dix-neuf
princes et princesses du sang, et parmi eux deux rois, Philippe V, roi
d'Espagne, et Louis XV, roi de France;--la chambre qui, pendant plus d'un
siecle, a vu les grandes joies et les supremes douleurs de l'ancienne
monarchie.

Cette chambre a ete occupee par six femmes: d'abord par la vertueuse
Marie-Therese, qui s'y installa le 6 mai 1682, et y rendit le dernier
soupir, le 30 juillet de l'annee suivante;--ensuite par la femme du Grand
Dauphin, la dauphine de Baviere, qui y mourut le 20 avril 1690, a l'age de
vingt-neuf ans; puis par la charmante duchesse de Bourgogne, qui s'y
etablit des son arrivee a Versailles, le 8 novembre 1696, y mit au monde
trois princes, dont le dernier seul vecut et regna sous le nom de Louis
XV, et y mourut le 12 fevrier 1712, a l'age de vingt-six ans;--puis par
cette infante d'Espagne, Marie-Anne-Victoire, qui etait fiancee avec le
jeune roi de France, et qui demeura la, depuis le mois de juin 1722
jusqu'au mois d'avril 1725, epoque ou le mariage projete fut rompu;
--ensuite par la pieuse Marie Leczincka, qui s'installa dans cette chambre
le 1er decembre 1725, y donna naissance a ses dix enfants, y habita
pendant un regne de quarante-trois ans, y mourut le 24 juin 1768, entouree
de la veneration universelle;--enfin par la plus poetique des femmes, par
celle qui resume en elle les triomphes et les humiliations, les joies et
les douleurs, par celle dont le nom seul inspire l'attendrissement et le
respect, par Marie-Antoinette. C'est la que vinrent au monde ses quatre
enfants et qu'elle faillit mourir a la naissance de sa premiere fille, la
future duchesse d'Angouleme. Une antique et bizarre etiquette autorisait
le peuple a s'introduire, en pareil cas, dans le palais des rois. La
galerie des Glaces, les salons, l'oeil-de-Boeuf, la chambre de la reine,
etaient envahis par la foule. Marie-Antoinette, manquant d'air respirable,
perdit connaissance pendant trois quarts d'heure. Quand elle revint a
elle, Louis XVI lui presenta la princesse qui venait de naitre:

"Pauvre petite, dit-elle, vous n'etiez pas desiree, mais vous n'en serez
pas moins chere. Un fils eut plus particulierement appartenu a l'Etat;
vous serez a moi, vous aurez tous mes soins, vous partagerez mon bonheur
et vous adoucirez mes peines."

Ce fut la aussi que virent le jour les deux fils du roi et de la reine
martyrs: l'un, ne le 22 octobre 1781, mort le 4 juin 1789; l'autre, ne le
27 mars 1785, connu sous le nom de duc de Normandie, et qui devait plus
tard s'appeler Louis XVII.

Dans cette chambre memorable a tant de titres, commenca l'agonie de la
royaute francaise. Marie-Antoinette y dormait le matin du 6 octobre 1789,
quand elle fut reveillee par l'insurrection. Au fond de la chambre, dans
le panneau ou est actuellement le portrait de la reine par Mme Lebrun, une
petite porte conduisait aux appartements du roi. C'est par la que la
malheureuse souveraine s'echappa pour aller chercher un refuge aupres de
Louis XVI, pendant que les emeutiers assassinaient les gardes du corps.
Quelques instants apres elle quittait Versailles, qu'elle ne devait jamais
revoir. Depuis lors, aucune femme n'occupa les appartements de la reine.
Le theatre subsiste, les decors sont a peine modifies; mais il faut faire
sortir de la poussiere du temps les acteurs, les actrices surtout.

L'annee que j'ai passee dans ces salles encore si pleines de leur souvenir
m'a donne la premiere idee du travail que je publie aujourd'hui. Que de
fois j'ai cru apercevoir, comme autant de gracieux fantomes, les femmes
illustres qui ont aime, qui ont souffert, qui ont pleure dans ce sejour!
Je voudrais me rendre un compte minutieux du role qu'elles y ont joue,
mentionner avec precision les appartements qu'elles ont habites, montrer
en detail l'existence qu'elles menaient, indiquer, pour nous servir d'une
expression de Saint-Simon, ce qu'on pourrait appeler la _mecanique_ de la
vie de la cour.

Je veux essayer l'histoire du chateau de Versailles lui-meme par les
femmes qui l'ont habite depuis 1682, epoque ou Louis XIV y fixa sa
residence, jusqu'au 6 octobre 1789, jour fatal ou Louis XVI et
Marie-Antoinette le quitterent sans retour. Le sanctuaire de la monarchie
absolue devait etre egalement son tombeau.

Ni les nieces de Mazarin, ni la Grande Mademoiselle, ni les duchesses de
La Valliere et de Fontanges, ne doivent etre considerees comme des _femmes
de Versailles_. A l'epoque ou ces heroines brillerent de tout leur eclat,
Versailles n'etait pas encore la residence officielle de la cour et le
siege du gouvernement.

Nous ne commencerons donc cette etude qu'en 1682, annee ou Louis XIV,
quittant Saint-Germain, son sejour habituel, s'etablit definitivement dans
sa residence de predilection.

Pendant plus d'un siecle,--de 1682 a 1789,--combien de curieuses figures
apparaitront sur cette scene radieuse! Que de vicissitudes dans leurs
destinees! que de singularites et de contrastes dans leurs caracteres!
C'est la bonne reine Marie-Therese, douce, vertueuse, resignee, se faisant
aimer et respecter de tous les honnetes gens. C'est l'orgueilleuse
sultane, la femme a l'esprit etincelant, moqueur, acere, l'altiere,
l'omnipotente marquise de Montespan.

C'est la femme dont le caractere est une enigme et la vie un roman, qui a
connu tour a tour toutes les extremites de la mauvaise et de la bonne
fortune, et qui, avec plus de rectitude que d'effusion, avec plus de
justesse que de grandeur, a eu du moins le merite de reformer la vie d'un
homme dont les passions avaient ete divinisees: Mme de Maintenon. C'est la
princesse Palatine, la femme de Monsieur, frere du roi, la mere du futur
Regent, Allemande enragee, invectivant sa nouvelle patrie, representant, a
cote de l'apotheose, la satire, exhalant dans ses lettres les coleres d'un
Alceste en jupon, rustique, mais spirituelle, plus impitoyable, plus
caustique, plus passionnee que Saint-Simon lui-meme; femme etrange, au
style brusque, impetueux, au style qui, comme le dit Sainte-Beuve, a de la
barbe au menton, et de qui l'on ne sait trop, quand on le traduit de
l'allemand en francais, s'il tient de Rabelais ou de Luther.

C'est la duchesse de Bourgogne, la sylphide, la sirene, l'enchanteresse du
vieux roi; la duchesse de Bourgogne, dont la mort precoce fut le signal de
l'agonie d'une cour naguere si eblouissante.

Sous Louis XV, c'est la vertueuse, la sympathique Marie Leczinska, le
modele du devoir, qui joue aupres de Louis XV le meme role respecte, mais
efface que Marie-Therese aupres de Louis XIV. C'est l'intrigante, la
femme-ministre, la marquise de Pompadour, vraie magicienne, habituee a
tous les enchantements, a toutes les feeries du luxe et de l'elegance,
mais qui restera toujours une parvenue faite pour l'Opera plutot que pour
la cour.

Ce sont les six filles de Louis XV, types de piete filiale et de vertu
chretienne: Madame Infante, si tendre pour son pere; Madame Henriette, sa
soeur jumelle, morte de chagrin a vingt-quatre ans pour ne s'etre pas
mariee suivant son coeur; Madame Adelaide et Madame Victoire,
inseparables dans l'adversite comme dans les beaux jours; Madame Sophie,
douce et timide; Madame Louise, successivement amazone et carmelite, qui,
dans le delire de l'agonie, s'ecriait: "Au paradis, vite, vite! Au
paradis, au grand galop!"

C'est Mme Dubarry, deguisee en comtesse et destinee par l'ironie du sort a
ebranler les bases du trone de saint Louis, de Henri IV, de Louis XIV.
Puis apres le scandale, sous le regne qui est l'heure de l'expiation,
c'est Madame Elisabeth, nature angelique et essentiellement francaise,
montrant, au milieu des plus horribles catastrophes, non seulement du
courage, mais de la gaiete; c'est la princesse de Lamballe, gracieuse et
touchante heroine de l'amitie; c'est Marie-Antoinette, dont le nom seul
est plus pathetique que tous les commentaires.

Dans la carriere de ces femmes, que d'enseignements historiques, et aussi
que de lecons de psychologie et de morale! Qui ferait mieux connaitre la
cour, "ce pays ou les joies sont visibles mais fausses, et les chagrins
caches mais reels;" la cour, "qui ne rend pas content et qui empeche qu'on
ne le soit ailleurs[1]!"

[Note 1: La Bruyere, _De la Cour._]

Les femmes de Versailles ne nous disent-elles pas toutes: "La condition la
plus heureuse en apparence a ses amertumes secretes qui en corrompent
toute la felicite. Le trone est le siege des chagrins, comme la derniere
place; les palais superbes cachent des soucis cruels, comme le toit du
pauvre et du laboureur, et, de peur que notre exil ne nous devienne trop
aimable, nous y sentons toujours par mille endroits qu'il manque quelque
chose a notre bonheur[1]."

[Note 1: Massillon, _Sermon sur les afflictions._]

Un portrait de Mignard represente la duchesse de La Valliere avec ses
enfants: Mlle de Blois et le comte de Vermandois. Elle est pensive et
tient a la main un chalumeau, a l'extremite duquel flotte une bulle de
savon avec ces mots: _Sic transit gloria mundi_, "Ainsi passe la gloire du
monde." Ne pourrait-ce pas etre la devise de toutes les heroines de
Versailles?

Combien auraient pu dire comme Mme de Sevigne, riche aussi, honoree,
adulee, heureuse en apparence: "Je trouve la mort si terrible, que je hais
plus la vie parce qu'elle m'y mene que par les epines dont elle est semee.
Vous me direz que je veux donc vivre eternellement? Point du tout; mais si
on m'avait demande mon avis, j'aurais bien mieux aime mourir entre les
bras de ma nourrice; cela m'aurait ote bien des ennuis, et m'aurait donne
le ciel bien surement et bien aisement[2]."

[Note 2: Mme de Sevigne, lettre du 16 mars 1672.]

La princesse Palatine, Madame, femme du frere de Louis XIV, ecrivait a
propos de la mort de la reine d'Espagne: "J'entends et je vois tous les
jours tant de vilaines choses, que tout cela me degoute de la vie. Vous
aviez bien raison de dire que la bonne reine est maintenant plus heureuse
que nous, et si quelqu'un voulait me rendre, comme a elle et a sa mere, le
service de m'envoyer en vingt-quatre heures de ce monde dans l'autre, je
ne lui en saurais certes pas mauvais gre. [1]"


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