A » B » C » D » E
F » G » H » I » J
K » L » M » N » O
P » R » S » T
U » V » W » Z

- Links

Thrilling Holiday Gift Book: A Controversial, True Story - One Man Caught in U.S. Government Psychic Spy Experiments
SACRAMENTO, Calif. -- The ideal Christmas gift for those intrigued by governmental conspiracy, OPERATION BLUE LIGHT: My Secret Life Among Psychic Spies (Cherubim Publishing, ISBN 978-0-9816024-0-0), is one of the most scintillating memoirs ever to be written. A true story of deception and subterfuge, it took Philip Chabot 40 years to tell us about his amazing experience.

New Children's Book from Jeremy Zilber Lets Kids Know 'Mama Voted for Obama!'
MADISON, Wis. -- Building on the success of 'Why Mommy is a Democrat,' author and political activist Jeremy Zilber announces the release of his third self-published children's book, 'Mama Voted for Obama!' (ISBN: 978-0-9786688-2-2). With its Seuss-like use of repetition, rhythm, and rhyme, Mama Voted for Obama offers a whimsical celebration of Obama's historic presidential campaign while providing his supporters an entertaining way to let their kids know how they voted in 2008.

Epic Fantasy Book Series Website Honored in 2008 National Best Books Awards
LANCASTER, Texas -- The Green Stone of Healing(R) epic fantasy website is among the finalists of the 2008 National Best Books Awards sponsored by USABookNews, HealingStone Books announced today. The award-winning website is honored in the Best Website Design category. The site provides much-needed background for a complex saga packed with romance, intrigue, mysticism, and adventure.

La Cour de Louis XIV - Imbert de Saint Amand

I >> Imbert de Saint Amand >> La Cour de Louis XIV

Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11


Nee dans la religion protestante, instruite rapidement et sommairement
dans la religion catholique, elle n'y trouvait ni la lumiere ni les
consolations que donne une foi plus eclairee; le melange de la politique
et de la religion l'irritait, et on comprend que la revocation de l'edit
de Nantes ait revolte ses sentiments autant que ses souvenirs
d'enfance.[1] "Je dois avouer, ecrivait-elle non sans raison, que lorsque
j'entends les eloges qu'on donne en chaire au grand homme pour avoir
persecute les reformes, cela m'impatiente toujours. Je ne peux pas
souffrir qu'on loue ce qui est mal." Elle deplorait qu'on n'eut pas fait
comprendre a Louis XIV que "la religion est instituee plutot pour
entretenir l'union parmi les hommes que pour les faire se tourmenter et se
persecuter les uns les autres".--"Le roi Jacques, ajoutait-elle, dit qu'on
a bien vu Notre-Seigneur Jesus-Christ battre des gens pour les chasser du
temple, mais qu'on ne trouve nulle part qu'il en ait maltraite pour les y
faire entrer."

[Note 1: Lettre du 7 juillet 1695.]

Madame, qui avait l'esprit tres observateur, analysait et commentait les
divers genres de "piete" des courtisans. Ce qui la choquait, ce n'etait
pas la devotion et la foi sincere qu'elle respectait, c'etaient les
hypocrites qui s'en font un masque. Elle ne s'indignait pas moins contre
le flot grandissant du scepticisme quand elle ecrivait, en 1699, avec
quelque exageration peut-etre: "La foi est tellement eteinte dans ce pays,
qu'on ne voit presque plus maintenant un seul jeune homme qui ne veuille
etre athee; mais ce qu'il y a de plus etrange, c'est que le meme individu
qui fait l'athee a Paris, joue le devot a la cour; on pretend aussi que
tous les suicides que nous avons en si grande quantite depuis quelque
temps sont causes par l'atheisme."

La jeune noblesse francaise, malgre son elegance; son luxe et son entrain,
ne trouvait pas grace a ses yeux. Elle declarait les jeunes gens
"horriblement debauches et adonnes a tous les vices, sans en excepter le
mensonge et la tromperie. Ils regarderaient comme une honte,
ajoutait-elle, de se piquer d'etre gens d'honneur... Le plus incapable
occupe parmi eux le premier rang; c'est celui-la qu'ils estiment le plus.
Vous pouvez aisement juger d'apres cela quel grand plaisir il doit y avoir
ici pour les honnetes gens; mais je crains qu'en poussant plus loin mes
details sur la cour, je ne vous cause le meme ennui que j'eprouve souvent,
et que cet ennui ne devienne, a la fin, une maladie contagieuse[1]."

[Note 1: Lettre du 18 juillet 1700.]

Avec l'opinion qu'elle avait des courtisans, on comprend combien la
princesse Palatine devait se trouver mal a l'aise au milieu d'eux. En
outre, Allemande jusqu'au bout des ongles, elle souffrait d'etre forcee
de vivre a cote des ennemis de sa patrie, et les incendies du Palatinat
lui semblaient des flammes infernales.

Cette cour, qui jouait et qui dansait pendant qu'on brulait les palais et
les chaumieres d'Allemagne, lui devint un objet d'horreur. L'image des
malheureux expulses de leurs foyers, pilles, depouilles, maltraites,
les ruines de Heidelberg, de Manheim, d'Andernach, de Bade, de Rastadt, de
Spire, de Worms, lui apparaissaient sans cesse. Poursuivie par ces images
comme par des fantomes, elle avait des angoisses, des desespoirs
patriotiques, et, dans ce fastueux palais de Versailles, elle se sentait
comme en prison:

"Dut-on m'oter la vie, s'ecriait-elle, il m'est impossible de ne pas
regretter d'etre, pour ainsi dire, le pretexte de la perte de ma patrie.
Je ne puis voir de sang-froid detruire d'un seul coup, dans ce pauvre
Manheim, tout ce qui a coute tant de soins et de peines au feu
prince-electeur mon pere. Oui, quand je songea tout ce qu'on a fait
sauter, cela me remplit d'une telle horreur, que chaque nuit, aussitot que
je commence a m'endormir, il me semble etre a Heidelberg ou a Manheim, et
voir les ravages qu'on y a commis. Je me reveille alors en sursaut, et je
suis plus de deux heures sans pouvoir me rendormir. Je me represente
comment tout etait de mon temps et dans quel etat on l'a mis aujourd'hui,
et je considere aussi dans quel etat je suis moi-meme, et je ne puis
m'empecher de pleurer a chaudes larmes[1]."

[Note 1: Lettre du 20 mars 1689.]

Dans cette cour si nombreuse et si brillante, la princesse ne trouvait
personne avec qui elle sympathisat. Tout l'offusquait, tout l'irritait;
seule la figure du roi, qu'elle appelait le "grand homme", non sans une
pointe d'ironie, lui semblait majestueuse, et encore trouvait-elle
beaucoup de taches au "soleil".

Son interieur n'etait pas pour elle un sujet de consolation. Elle ne
pardonnait pas a son mari d'etre sans cesse occupe de futilites et de
mascarades, ni surtout de s'entourer d'hommes accuses d'avoir assassine sa
premiere femme, la belle et poetique Henriette d'Angleterre. Elle
souffrait au contact de ce caractere faible, timide, gouverne par des
favoris et souvent meme malmene par eux. Une de ses lettres, ecrite en
1696, contient ce curieux passage: "Monsieur dit hautement, et il ne l'a
cache ni a sa fille ni a moi, que, comme il commence a se faire vieux, il
n'a pas de temps a perdre, qu'il veut tout employer et ne rien epargner
pour s'amuser jusqu'a la fin, que ceux qui lui survivront verront a passer
le temps a leur guise, mais qu'il s'aime mieux que moi et ses enfants, et
qu'en consequence il veut, tant qu'il vivra, ne s'occuper que de lui, et
il le fait comme il le dit."

C'est ce prince que Saint-Simon depeint ainsi: "tracassier et incapable de
garder un secret, soupconneux, defiant, semant des noises dans sa cour
pour brouiller, pour savoir, souvent aussi pour s'amuser[1]."

[Note 1: Saint-Simon, _Memoires_.]

Madame n'est pas plus heureuse dans son fils, le futur Regent, que dans
son mari. Le jugement qu'elle portait sur ce fils, qui gatait a plaisir
les belles qualites dont il etait doue par la nature, justifiait celui de
Louis XIV sur "ce fanfaron de vices".

Lorsqu'il voulut epouser une des filles de Mme de Montespan, la princesse
Palatine se serait emportee contre lui au point de lui donner, en pleine
galerie de Versailles, ce vigoureux, ce sonore soufflet qui retentit si
bien dans les Memoires de Saint-Simon[1]. "Outre son mariage,
ecrivait-elle en 1700, mon fils m'a cause encore bien du chagrin.... Ce
que je trouve de pire dans sa conduite, c'est que je suis la seule qui ne
puisse avoir son amitie; car autrement il est bon envers tout le monde. Je
n'ai cependant perdu son amitie que pour lui avoir donne toujours des
conseils dans son interet. Maintenant j'en ai pris mon parti, je ne lui
dis plus rien, et je lui parle, comme au premier venu, de choses
indifferentes; mais c'est quelque chose de bien penible que de ne pouvoir
ouvrir son coeur a ceux qu'on aime."

[Note 1: "Elle marchait a grands pas, son mouchoir a la main, pleurant
sans contrainte, parlant assez haut, gesticulant et representant assez
bien Ceres apres l'enlevement de Proserpine.... On alla attendre a
l'ordinaire la levee du Conseil dans la galerie et la messe du roi; Madame
y vint, son fils s'approcha d'elle comme il faisait tous les jours pour
lui baiser la main. En ce moment Madame lui appliqua un soufflet si
sonore, qu'il fut entendu de quelques pas, et qui, en presence de toute la
cour, couvrit de confusion ce pauvre prince et combla les infinis
spectateurs, dont j'etais, d'un prodigieux etonnement." (Saint-Simon,
_Memoires_.) Notons en passant que Madame, dans une lettre a la Rhingrave
Louise, dit qu'on a fait courir le bruit qu'elle avait soufflete son fils,
mais que cela est absolument faux.]

Tourmentee dans son interieur, exasperee contre les favoris de son mari,
attristee comme epouse, comme mere, comme Allemande, Madame se souciait
peu des splendeurs de Versailles et de Saint-Cloud, ou l'existence etait
pour elle un melange de luxe et de misere.

"J'attacherais certes, disait-elle, beaucoup de prix a la grandeur, si
l'on avait aussi tout ce qui doit l'accompagner, c'est-a-dire de l'or en
abondance pour etre magnifique, et le pouvoir de faire du bien aux bons
et de punir les mechants, mais n'avoir de la grandeur que le nom sans
l'argent, etre reduit au plus strict necessaire, vivre dans une
perpetuelle contrainte, sans qu'il vous soit possible d'avoir aucune
societe, cela me semble, a vrai dire, parfaitement insipide, et je n'y
tiens pas du tout. J'estime davantage une condition dans laquelle on peut
s'amuser avec de bons amis sans embarras de grandeur et faire de son bien
l'usage qu'il vous plait[1]."

[Note 1: Lettre du 21 aout 1695.]

Comment la princesse Palatine parvenait-elle a se distraire de tant de
tracas et de soucis? En chassant et en ecrivant. La chasse, et plus encore
le style epistolaire, voila ses deux passions, ses deux manies. Depuis
1671, annee de son mariage, jusqu'a 1722, annee de sa mort, elle ne cessa
d'adresser lettres sur lettres aux membres de sa famille. Elle ecrivait le
lundi en Savoie, le mercredi a Modene, le jeudi et le dimanche en Hanovre.
Mais cette rage d'ecrire ne laissa pas que de lui etre fatale. Sa
correspondance, ouverte a la poste, fut remise a Mme de Maintenon.
Celle-ci montra a l'imprudente princesse une lettre toute remplie des
injures les plus violentes.

"On peut penser, dit Saint-Simon, si, a cet aspect et a cette lecture,
Madame pensa mourir sur l'heure. La voila a pleurer, et Mme de Maintenon a
lui representer modestement l'enormite de toutes les parties de cette
lettre, et en pays etranger. La meilleure excuse de Madame fut l'aveu de
ce qu'elle ne pouvait nier, des pardons, des repentirs, des prieres, des
promesses.... Mme de Maintenon triompha froidement d'elle assez longtemps,
la laissant s'engouer de parler, de pleurer et de lui prendre les mains.
C'etait une terrible humiliation pour une si rogue et si fiere
Allemande."

Il n'en faudrait pas davantage pour expliquer la haine de la princesse
Palatine contre celle a qui elle appliquait, dans sa fureur, le vieux
proverbe germanique: "Ou le diable ne peut aller, il envoie une vieille
femme."

Devenue veuve en 1701, Madame se calma.

"Point de couvent, avait-elle dit le lendemain de la mort de Monsieur,
qu'on ne me parle point de couvent!"

Heureuse de rester a la cour, malgre tout le mal qu'elle en pensait, elle
s'adoucit envers Mme de Maintenon, au point d'ecrire en 1712: "Bien que la
vieille soit notre plus cruelle ennemie, je lui souhaite cependant une
longue vie; car tout irait encore dix fois plus mal, si le roi venait a
mourir maintenant. Il a tant aime cette femme, qu'il ne lui survivrait
certainement pas; aussi je souhaite qu'elle vive encore de longues
annees."

Madame finit ses jours en bonne chretienne, et Massillon, dans une belle
oraison funebre, rendit un juste hommage au courage qu'elle montra dans
ses dernieres souffrances. A ceux qui entouraient son lit de mort, elle
avait dit, avec un calme digne de Louis XIV:

"Nous nous retrouverons au ciel."

En resume, Mme la duchesse d'Orleans est un type etrange, qui s'impose,
bon gre malgre, a l'attention. Chez elle on trouve, a cote de grands
travers, de la droiture et du bon sens, de la justice et de l'humanite. Il
y a dans ses lettres, au milieu d'un fatras de details insignifiants,
d'anecdotes plus ou moins exactes, de banalites et de commerages du monde,
des pensees dignes d'un moraliste et des jugements frappes au coin de la
sagesse. Il est vrai qu'elle fait de la morale en termes cyniques; mais,
si elle parle du mal, c'est pour le fletrir et en representer les hontes.
Si elle regarde trop le vice, elle a du moins le merite de le voir tel
qu'il est, de le detester d'une haine martiale, agressive,
irreconciliable, et de le stigmatiser avec des accents que leur trivialite
meme rend peut-etre plus saisissants.




XI


MME DE MAINTENON, FEMME POLITIQUE


Ecrire l'histoire avec les pamphlets, prendre pour des verites toutes les
inventions de la malveillance ou de la haine, dire avec Beaumarchais:
"Calomniez, calomniez, il en reste toujours quelque chose," rapetisser ce
qui est grand, denaturer ce qui est noble, obscurcir ce qui brille, telle
est la tactique des ennemis jures de nos traditions et de nos gloires, tel
est le plaisir des iconoclastes qui voudraient supprimer de nos annales
toutes les figures grandioses ou majestueuses. L'ecole revolutionnaire
dont ils sont les adeptes a deja sape l'edifice; elle a contribue a
detruire la chose indispensable aux societes bien organisees: le respect;
elle a change les livres en libelles, les jugements en invectives, les
portraits en caricatures; elle s'est accordee avec cette litterature
essentiellement fausse qui s'appelle le roman historique, pour travestir
les personnes et les choses, pour repandre dans le public une foule
d'exagerations ou de fables qui jettent la confusion dans les faits et
dans les idees, qui bouleversent les notions de la justice et du bon sens.
Un des hommes dont cette ecole a le plus horreur, c'est Louis XIV, parce
qu'il fut le representant ou, pour mieux dire, le symbole du principe
d'autorite.

Elle s'est fatiguee de l'entendre appeler le Grand, comme l'Athenien qui
se lassait d'entendre appeler Aristide le Juste. Elle a cru que, par son
souffle, elle pourrait eteindre les rayons du soleil royal. Un potentat
affaibli mene en lisiere par une vieille devote intrigante, voila l'image
qu'elle a voulu tracer, voila les traits sous lesquels on aurait la
pretention de faire passer a la posterite celui qui resta jusqu'a la
derniere heure, jusqu'au dernier soupir, ce qu'il avait ete toute sa vie:
le type par excellence du souverain. Deshonorer Louis XIV dans la femme
qu'il choisit comme compagne de son age mur et de ses vieux jours, tel a
ete, tel est encore l'objectif des ecrivains de cette ecole.

Ils ont appuye leurs jugements sur ceux de la princesse Palatine, dont
nous avons essaye de retracer la physionomie, et sur ceux d'un autre
temoin tout aussi recusable, le duc de Saint-Simon. L'on ne devrait
pourtant pas oublier que ce bouillant duc et pair, qui parlait souvent
comme Philinte, s'il pensait toujours comme Alceste, avait du moins la
bonne foi de dire lui-meme:

"Le stoique est une belle et noble chimere. Je ne me pique donc pas
d'impartialite; je le ferais vainement."

Il s'indignait de n'etre rien dans ce gouvernement ou plus d'un homme
mediocre avait reussi a capter la faveur du souverain. Etre condamne a
l'existence desoeuvree de courtisan, vivre dans les antichambres, sur les
escaliers, dans les jardins ou dans les cours de Versailles et des autres
residences royales, c'etait pour sa vanite un sujet d'aigreur et de
mecontentement. Il s'en prenait donc a Louis XIV d'abord, et ensuite a la
femme qu'il considerait comme l'inspiratrice de tous ses choix. Mais ce
n'est que dans ses Memoires, ecrits clandestinement, enfermes sous une
triple serrure, qu'il osait se livrer a ses coleres. Devant le roi, il
etait le respect, la docilite memes. Apres s'etre beaucoup remue a propos
d'une certaine quete, qui avait fait l'objet d'un litige entre les
princesses et les duchesses, il disait humblement au roi que, pour lui
plaire, il aurait quete dans un plat, comme un marguillier de village. Il
ajoutait que Louis XIV etait, "comme roi et comme bienfaiteur de tous les
ducs, despotiquement le maitre de leurs dignites, de les abaisser, de les
elever, d'en faire comme une chose sienne et absolument dans sa main." Il
n'etait pas plus fier en presence de "la creole", qu'il traite dans ses
Memoires de "veuve a l'aumone d'un poete cul-de-jatte". Il s'efforca meme
de la mettre dans ses interets d'ambition et d'obtenir, par elle, une
charge de capitaine des gardes. Mais, furieux de n'etre point arrive aux
plus grandes positions de l'Etat, il s'est donne le plaisir d'une
vengeance posthume, en representant Mme de Maintenon sous les couleurs les
plus odieuses. Suppleant par l'imagination a l'insuffisance des preuves,
il en a fait une sorte de vieille hypocrite, ayant vecu du plaisir dans sa
jeunesse, et de l'intrigue dans son age mur.

Ce qu'il dit d'elle est un tissu d'inexactitudes.

Il la fait naitre en Amerique, tandis qu'elle naquit a Niort. Il admet a
peine que son pere fut gentilhomme, bien qu'elle eut une noblesse
absolument incontestable. Ses autres informations n'ont pas plus de
fondement.

Si chaque jour augmente la gloire de Saint-Simon, si l'on ne cesse
d'admirer ce style qui rappelle tour a tour la hardiesse de Bossuet, le
coloris de La Bruyere, l'allure de Mme de Sevigne, en revanche, plus on
etudie serieusement la cour de Louis XIV, plus on reconnait que les fameux
Memoires sont remplis d'inexactitudes. Dans son remarquable ouvrage
critique sur l'oeuvre de Saint-Simon, M. Cheruel a bien raison de dire:
"L'observation de Saint-Simon est fine, sagace, penetrante pour sonder les
replis des coeurs des courtisans; mais elle manque d'etendue et de
grandeur. A la cour, son horizon est borne. Tout ce qui le depasse ne lui
presente que des traits vagues et confus. En lui accordant la perspicacite
de l'observateur, on doit lui refuser l'impartialite du juge[1]." A
l'entendre, Mme de Maintenon est l'unique maitresse de la France,
l'omnipotente sultane, la _pantocrate_, comme disait la princesse Palatine
dans son jargon bizarre. Il retrace, avec force details, "son incroyable
succes, l'entiere confiance, la rare dependance, la toute-puissance,
l'adoration publique, presque universelle, les ministres, les generaux
d'armee, la famille royale a ses pieds, tout bon et tout bien par elle,
tout reprouve sans elle: les hommes, les affaires, les choses, les choix,
les justices, les graces, la religion, tout sans exception en sa main,
et le roi et l'Etat ses victimes."

[Note 1: _Saint-Simon considere comme historien de Louis XIV_, par M.
Cheruel.]

Quoi qu'on en dise, Louis XIV est toujours reste le maitre, et c'est lui
qui a trace les grandes lignes politiques du regne. Mme de Maintenon a pu
lui donner des conseils, mais c'est lui qui decidait en dernier ressort.

Chose digne de remarque: cette femme, a qui l'on voudrait maintenant
reprocher une immixtion tracassiere dans toutes choses, etait accusee par
les hommes les plus eminents de se tenir a l'ecart. Fenelon lui ecrivait:
"On dit que vous vous melez trop peu des affaires. Votre esprit en est
plus capable que vous ne pensez. Vous vous defiez peut-etre un peu trop de
vous-meme, ou bien vous craignez trop d'entrer dans des discussions
contraires au gout que vous avez pour une vie tranquille et recueillie."
Que Mme de Maintenon ait eu de l'influence sur quelques choix, cela ne
parait pas contestable; mais qu'elle ait, a elle seule, fait marcher tous
les ministeres, c'est la une pure invention. Elle etait sincere,
croyons-nous, quand elle ecrivait a Mme des Ursins: "De quelque facon que
les choses tournent, je vous conjure, madame, de me regarder comme une
personne incapable d'affaires, qui en a entendu parler trop tard pour y
etre habile, et qui les hait encore plus qu'elle ne les ignore.... On ne
veut pas que je m'en mele, et je ne veux pas m'en meler. On ne se cache
point de moi; mais je ne sais rien de suite, et je suis tres souvent mal
avertie."

Lisant ou faisant de la tapisserie pendant que le roi travaillait avec
l'un ou l'autre de ses ministres, Mme de Maintenon ne prenait timidement
la parole que lorsqu'elle y etait formellement invitee. Son attitude a
l'egard de Louis XIV etait toujours celle du respect. Le roi lui disait,
il est vrai:

"On appelle les papes Votre Saintete, les rois Votre Majeste. Vous,
madame, il faut vous appeler Votre Solidite."

Mais cet eloge ne tournait pas la tete a une femme raisonnable et si
mesuree.

En resume, que reproche-t-on surtout a Louis XIV? Ses guerres, sa passion
pour le luxe, son fanatisme religieux. En quoi cette triple accusation
peut-elle peser sur Mme de Maintenon? Bien loin de pousser a la guerre,
elle ne cesse de faire les voeux les plus ardents pour la paix:

"Je ne respire qu'apres la paix, ecrit-elle en 1684; je ne donnerai jamais
au roi des conseils desavantageux a sa gloire; mais si j'etais crue, on
serait moins ebloui de cet eclat d'une victoire, et l'on songerait plus
serieusement a son salut, mais ce n'est pas a moi a gouverner l'Etat; je
demande tous les jours a Dieu qu'il en inspire et qu'il en dirige le
maitre, et qu'il fasse connaitre la verite."

M. Michelet, si peu bienveillant pour elle, avoue pourtant qu'elle
regretta profondement la guerre de la succession d'Espagne. Il dit que
"les seuls qui gardaient le bon sens, la vieille Maintenon et le maladif
Beauvilliers, voyaient avec terreur qu'on se lancait dans l'epouvantable
aventure qui allait tout engloutir.... De meme qu'elle se laissa arracher
son avis ecrit pour la revocation de l'edit de Nantes, elle ceda, se
soumit pour la succession[1]".

[Note 1: Michelet, _Louis XV et le duc de Bourgogne_.]

Elle n'aimait pas plus le luxe que la guerre. Vivant elle-meme avec une
extreme simplicite, elle cherchait a detourner Louis XIV des constructions
fastueuses et d'une ostentation qu'elle trouvait orgueilleuse. Au dire de
Mlle d'Aumale, la confidente de ses bonnes oeuvres, on l'entendait se
reprocher les modestes depenses qu'elle faisait pour son propre compte.
Attendant a la derniere extremite pour se donner un habit, elle disait:

"J'ote cela aux pauvres. Ma place a bien des cotes facheux, mais elle me
procure le plaisir de donner. Cependant, comme elle empeche que je manque
de rien, et que je ne puis jamais prendre sur mon necessaire, toutes mes
aumones sont une espece de luxe, bon et permis a la verite, mais sans
merite."

Non seulement Mme de Maintenon ne fut pour rien dans le faste de Louis
XIV, non seulement elle ne cessa de le rappeler a la simplicite
chretienne, mais elle plaida sans cesse aupres de lui la cause du peuple,
dont elle plaignait les miseres et dont elle admirait la resignation. Ne
se laissant jamais enivrer par l'encens qui brulait a ses pieds, comme a
ceux de Louis XIV, elle n'eut ni ces bouffees d'orgueil, ni cette soif de
richesses, ni cette ardeur de domination qu'on rencontre dans la vie des
favorites. Les pierreries, les riches etoffes, les meubles precieux, lui
etaient indifferents. Meme aux jours de sa jeunesse et de l'engouement
qu'excitait sa beaute, elle avait eu surtout son esprit pour parure, et
l'eclat exterieur ne l'avait jamais eblouie.

Un autre grief formule par certains historiens contre Mme de Maintenon,
c'est la revocation de l'edit de Nantes. Ils attribuent la persecution au
zele hypocrite d'une devotion etroite, uniquement inspiree par Mme de
Maintenon. Or la revocation de l'edit de Nantes fut, pour ainsi dire,
imposee au roi par l'opinion publique. Ainsi que l'a fait remarquer M.
Theophile Lavallee, les reformes gardaient en face du gouvernement un air
d'enfants disgracies, en face des catholiques un air d'ennemis dedaigneux;
ils persistaient dans leur isolement, ils continuaient leur correspondance
avec leurs amis d'Angleterre et de Hollande[1]. "La France, a dit M.
Michelet, sentait une Hollande en son sein qui se rejouissait des succes
de l'autre[2]."

[Note 1: Lavallee, _Histoire des Francais_.]
[Note 2: Michelet, _Precis sur l'Histoire moderne_.]

Ramener les dissidents a l'unite etait chez Louis XIV une idee fixe. Ce
devait etre, comme on disait alors, le digne ouvrage et le propre
caractere de son regne. Le parlement de Toulouse, les catholiques du Midi,
avaient sollicite la revocation avec instance. Quand le decret parut, ce
fut une explosion d'enthousiasme. Le chancelier Le Tellier, entonnant le
cantique du vieillard Simeon, mourait en disant qu'il ne lui restait plus
rien a desirer, apres ce dernier acte de son long ministere.

Bossuet en arrivait a des transports lyriques: "Ne laissons pas de publier
ce miracle de nos jours. Faisons-en passer le recit aux siecles futurs.
Prenez vos plumes sacrees, vous qui composez les annales de l'Eglise....
Touches de tant de merveilles, epanchons nos coeurs sur la piete de Louis;
poussons jusqu'au ciel nos acclamations, et disons a ce nouveau
Constantin, a ce nouveau Theodose, a ce nouveau Charlemagne, ce que les
six cent trente Peres dirent autrefois dans le concile de Chalcedoine:
"Vous avez affermi la foi, vous avez extermine les heretiques"[1]

[Note 1: Bossuet, _Oraison funebre de Michel Le Tellier_.]


Saint-Simon, qui blame la revocation avec tant d'eloquence, avoue que
Louis XIV etait convaincu qu'il faisait une chose sainte:

"Le monarque ne s'etait jamais cru si grand devant les hommes ni si avance
devant Dieu dans la reparation de ses peches et le scandale de sa vie. Il
n'entendait que des eloges." Les laiques n'applaudissaient pas moins que
le clerge. Mme de Sevigne ecrivait, le 8 octobre 1685: "Jamais aucun roi
n'a fait et ne fera rien de si memorable." Rollin, La Fontaine, La
Bruyere, ne se montraient pas moins enthousiastes que Massillon et
Flechier. Ces vers de Mme Deshoulieres refletaient l'opinion generale:

Ah! pour sauver ton peuple et pour venger la foi,
Ce que tu viens de faire est au-dessus de l'homme.
De quelques grands noms qu'on te nomme,
On t'abaisse; il n'est plus d'assez grands noms pour toi.


Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11