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Publishers Newswire Announced Today its Latest List of Books to Bookmark, for Q4/2008
REDONDO BEACH, Calif. -- Publishers Newswire, an online resource for small publishers, as well as lesser known and first-time book authors, has announced its latest quarterly 'Books to Bookmark' list, for Q4/2008. This list is a round-up of new and interesting books which are often missed due to not originating from big name authors, or major New York book publishing houses.

Book, 'Letters From Heroes', captures triumphs of the men and women who served in World War I and II
GILROY, Calif. -- The hardships, struggles, hopes and triumphs of the men and women who served in World War I and World War II is wonderfully captured in 'Letters From Heroes' (ISBN: 978-1-58909-570-0), by Edward T. Cook, a new book just published by Bookstand Publishing. This poignant collection of real letters from real servicemen allow the reader to see things through the eyes of these soldiers and understand their thoughts about war, training, sickness, the enemy and even their food.

In New Book, Mystery of the 6,000 Year Old Science and Art of Astrology Has Been Solved
SAN FRANCISCO, Calif. -- Author of the new book, ASTROMASKS (ISBN: 978-0-615-23386-4), Vijay Rishii Ph.D., announced today that his book reveals the secret code behind the ancient and controversial science of astrology. The author decodes astrology using a new concept of complementary pairs, and gives new meanings to the zodiac signs and their real connection to humans on earth, which has never been done before in the entire history of astrology.

Les affinites electives - Johann Wolfgang Goethe

J >> Johann Wolfgang Goethe >> Les affinites electives

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--Quoi! Monsieur, dit-elle d'un ton ironiquement imperieux, vous
oseriez resister aux ordres de votre reine!

Puis elle se remit a le prier et a lui prodiguer les plus gracieuses
flatteries.

--N'y mettez pas d'obstination, murmura Ottilie en se penchant a
l'oreille de l'artiste, qui s'eloigna aussitot apres avoir fait une
inclination respectueuse, mais qui ne promettait rien.

Des qu'il fut sorti, Luciane se mit a jouer a travers le salon avec
un grand levrier. Le pauvre animal se refugia aupres de Charlotte.
La jeune etourdie le poursuivit avec tant d'ardeur qu'elle manqua de
renverser sa mere.

--Ah! que je suis malheureuse de ne pas avoir amene mon singe!
s'ecria-t-elle tout a coup. J'en avais l'intention, on m'en a detourne
pour flatter la paresse de mes gens; mais je veux qu'on aille le
chercher des demain. Si j'avais seulement son portrait! Oh! je le
ferai faire, et son image du moins ne me quittera jamais; elle me
consolera, quand je ne pourrai pas avoir l'original pres de moi.

--Je puis des ce moment t'offrir cette consolation, dit Charlotte, car
j'ai dans ma bibliotheque un grand nombre de gravures representant
toutes les varietes de singes.

Luciane poussa un cri de joie, et un domestique apporta l'in-folio
qu'elle se mit aussitot a feuilleter avec enthousiasme, trouvant a
chacune de ces hideuses creatures, qu'on regarde a juste titre comme
la plus laide parodie de l'homme, une ressemblance frappante avec les
diverses personnes de sa connaissance.

--Regardez celui-ci, dit-elle, n'est-ce pas le veritable portrait de
mon oncle? Et cet autre? Ah! c'est le celebre marchand de nouveautes
M----. Voici le Cure S----. Et celui-la? Ne reconnaissez-vous pas
Monsieur ... Monsieur ... chose ...? En verite, les singes sont les vrais
_incroyables_[2] de la bonne societe; et je ne sais de quel droit on
se permet de les en exclure.

Et c'etait au milieu d'une bonne societe qu'elle parlait ainsi, sans
supposer la possibilite qu'elle pouvait blesser quelqu'un. On avait
commence par tant pardonner a ses graces et a son esprit, qu'on etait
arrive a tout pardonner a son impertinence.

Ce genre de plaisanterie avait peu d'attraits pour le futur, qui
s'entretenait dans un coin avec Ottilie sur le merite de l'Architecte,
dont la jeune fille attendait le retour avec impatience; car elle
esperait qu'il mettrait un terme a l'inconvenant babillage de Luciane
a l'occasion des singes. A son grand etonnement, il se fit encore
attendre longtemps, et lorsqu'il reparut, il se perdit dans la foule.
Non-seulement il n'avait point apporte ses dessins, mais il semblait
avoir oublie qu'on les lui avait demandes. Ottilie l'accusa
interieurement et avec chagrin du peu de cas qu'il faisait de sa
priere. Au reste, elle ne lui avait adresse cette priere que pour
procurer a son futur cousin une distraction agreable; car il etait
facile de voir que, malgre son amour sans bornes pour Luciane, il
souffrait parfois de ses extravagances.

Bientot les singes firent place a une splendide collation, a laquelle
succederent des danses animees. Puis il y eut un moment de causerie
paisible, et les jeux bruyants recommencerent de nouveau et se
prolongerent bien avant dans la nuit. Luciane, que le pensionnat avait
accoutumee a une vie reglee, s'etait promptement faconnee aux allures
du monde elegant et dissipe, et jamais elle ne pouvait ni se coucher
ni se lever assez tard.

Malgre les nombreuses occupations dont elle etait surchargee, Ottilie
ne negligea point son journal; elle n'y inscrivit cependant pas des
evenements, mais des pensees et des maximes que nous n'osons pas lui
attribuer. Il est probable qu'elle les puisa dans un livre qu'on lui
avait prete, et dont elle s'appropria tout ce qui portait le cachet de
son caractere; car on y retrouve toujours le fil rouge des cordages de
la marine royale d'Angleterre.

* * * * *

EXTRAIT DU JOURNAL D'OTTILIE.

"Nous aimons a regarder dans l'avenir, parce que nous esperons que nos
voeux secrets dirigeront en notre faveur les chances du hasard qui s'y
agitent.

"Nous ne nous trouvons presque jamais dans une societe nombreuse sans
croire, vaguement du moins, que le hasard, qui rapproche tant de
choses, y amenera quelques-uns de nos amis."

"On a beau vivre dans une retraite profonde, on devient tot ou tard,
et sans s'y attendre, creancier ou debiteur."

"Quand nous rencontrons une personne qui nous doit de la
reconnaissance, nous nous en souvenons a l'instant; mais nous pouvons
rencontrer plus de cent fois celles qui ont le droit d'en exiger de
notre part, sans nous le rappeler."

"La nature nous pousse a communiquer nos sensations; l'education nous
apprend a recevoir les communications des autres pour ce qu'ils nous
les donnent."

"Nous parlerions fort peu en societe, si nous savions que nous
comprenons presque toujours nous-memes fort mal ceux qui nous
parlent."

"C'est sans doute parce que nous ne comprenons jamais completement
les paroles des autres, que nous les changeons toujours en les
rapportant."

"Celui qui parle longtemps seul sans flatter son auditoire, excite sa
malveillance."

"Chaque parole prononcee eveille naturellement une antinomie."

"La contradiction est aussi nuisible au charme de la conversation que
la flatterie."

"Une reunion n'est reellement agreable, que lorsque tous ceux qui la
composent s'estiment et se respectent sans se craindre."

"L'homme ne dessine jamais plus completement son caractere, que par ce
qui lui parait ridicule."

"Le ridicule n'est autre chose qu'une opposition aux convenances
sociales, opposition qui s'harmonise avec nos penchants naturels d'une
maniere inoffensive."

"L'homme qui se laisse aller a ses penchants naturels, rit souvent
la, ou les autres ne voient rien de risible. C'est que, pour lui, la
satisfaction interieure domine toujours les impressions qu'il recoit
des objets exterieurs."

"Tout est ridicule pour l'homme raisonnable, rien ne l'est pour le
sage."

"On reprocha un jour a un homme age d'adresser toujours ses hommages
aux jeunes personnes. C'est le seul moyen de se rajeunir, repondit-il;
et qui de nous oserait pretendre que se rajeunir n'est pas ce qu'il
desire le plus au monde?"

"Nous nous laissons tranquillement reprocher nos defauts, nous
supportons meme avec patience les chatiments et autres maux qu'ils
entrainent; mais on nous indigne, on nous desespere, quand on veut
nous contraindre a nous en corriger."

"Il est des defauts necessaires au bien-etre des existences
individuelles, et nous serions nous-memes peu satisfaits, si nos
anciens amis se debarrassaient tout a coup des bizarreries qui les
caracterisent."

"Lorsqu'un individu se conduit d'une maniere entierement opposee a ses
habitudes, on dit: Il mourra bientot."

"Quels sont les travers d'esprit que nous devons plutot chercher a
cultiver qu'a deraciner en nous? Ceux qui flattent les personnes au
milieu desquelles nous vivons, au lieu de les offenser."

"Les passions sont des defauts et des vertus exageres."

"Chaque passion est un phenix qui, au moment meme ou on le croit
consume, renait de sa cendre."

"Les passions sont des maladies sans espoir de guerison, car les
moyens qui devraient les guerir, ne servent presque jamais qu'a les
augmenter."

"Lorsque nous faisons l'aveu d'une passion qui nous domine, nous en
augmentons la force; mais parfois aussi cet aveu l'affaiblit."

"Un juste equilibre n'est nulle part plus necessaire et plus
difficile, que dans notre conduite envers un objet aime; car nous y
mettons presque toujours ou trop de confiance ou trop de reserve."


Note:

[2] Ce mot est en francais dans le texte. C'est une allusion aux
jeunes elegants de la France du temps de la Republique, que l'on
designait sous le nom d'_incroyables_.




CHAPITRE V.


Entrainee par le tourbillon des plaisirs les plus bruyants et les plus
bizarres, Luciane continua a fouetter devant elle l'ivresse de la vie
au milieu du tourbillon des plaisirs sociaux. Son cortege grossissait
de jour en jour; car elle savait s'attacher, par sa bienveillance et
par sa generosite, tous ceux qu'elle n'avait pu reussir a attirer par
son extravagance et ses folies.

Sa grande-tante et son futur rivalisaient entre eux pour prevenir
ses desirs, aussi ne connaissait-elle pas meme la valeur des choses
qu'elle prodiguait. Lorsqu'une dame de sa societe lui paraissait moins
richement habillee que les autres, elle l'affublait a l'instant d'un
chale magnifique ou de toute autre parure qui lui manquait; et elle
imposait ces dons avec tant d'adresse et de bonte, qu'il etait aussi
impossible de les refuser que de s'en offenser.

Quand elle se transportait d'un lieu a un autre, un des jeunes
gentilshommes qui l'accompagnaient toujours, etait specialement charge
d'aller a la decouverte des vieillards et des malades indigents, et de
leur distribuer, de sa part, de riches aumones; ce qui lui donnait la
reputation d'ange tutelaire, de seconde providence des malheureux.
Cette reputation flattait agreablement sa vanite, mais elle l'exposait
en meme temps a des inconvenients graves et reels; car cette
orgueilleuse bienfaisance la rendait le point de mire, non-seulement
des pauvres, mais des paresseux et des intrigants.

Le hasard qui semblait lui etre toujours favorable, fit qu'on parla un
jour devant elle d'un jeune homme du voisinage fort beau et fort bien
fait, mais qui avait perdu la main droite dans une bataille. Cette
mutilation, quoiqu'honorable, l'avait rendu si misanthrope qu'il
s'etait consacre tout entier a l'etude, et ne voyait qu'un tres-petit
nombre d'anciens amis avec lesquels il ne se trouvait pas reduit a la
facheuse necessite d'expliquer toujours de nouveau la catastrophe qui
l'avait prive de sa main.

Luciane se promit d'attirer ce jeune homme au chateau. Elle reussit
d'abord a le faire assister a ses reunions intimes, ou elle le traita
avec tant de prevenances et tant d'egards, qu'il finit par se decider
a venir a ses assemblees quotidiennes, et meme a ses fetes brillantes.
Dans toutes les circonstances possibles, elle avait toujours soin de
le placer a ses cotes, et toutes ses attentions etaient pour lui. A
table, elle le servait elle-meme; et quand la presence de quelque
personnage important la forcait a l'eloigner, les domestiques avaient
ordre de prevenir tous ses desirs. Enfin elle temoigna tant d'egards
pour son malheur, et semblait chercher si sincerement a le lui faire
oublier, qu'il finit par s'en applaudir. Pour mettre le comble a
ses seductions, elle l'engagea a ecrire de la main gauche et a lui
adresser ses essais. Le malheureux jeune homme sentit que par ce moyen
il pourrait prolonger ses rapports avec la plus seduisante des femmes,
meme lorsqu'il serait loin d'elle. Aussi se livra-t-il avec passion au
travail qu'elle lui avait conseille, et il lui semblait qu'il venait
de s'eveiller a une vie nouvelle et pleine de charmes. Les lettres et
les vers qu'il adressait a Luciane, et la preference marquee qu'elle
continuait a lui accorder, loin d'exciter la jalousie du futur,
n'etaient a ses yeux qu'une preuve nouvelle du haut merite de sa
fiancee. Au reste, il avait assez observe son caractere pour etre
certain que la plupart de ses bizarreries etaient de nature a detruire
les soupcons a mesure qu'elle les faisait naitre. Elle aimait a se
jouer de tout le monde, a railler et a tourmenter tantot l'un, tantot
l'autre; a pousser, heurter, culbuter tous ceux qui l'entouraient,
sans distinction de sexe, d'age ou de rang; mais elle n'accordait a
personne le droit d'en agir de meme envers elle. S'offensant de la
moindre liberte, elle savait tenir les autres dans les bornes de la
plus severe bienseance, que cependant elle depassait a chaque instant.
Etait-ce legerete ou principe? mais si elle aimait passionnement les
louanges, elle savait braver le blame; et si elle cherchait a captiver
les coeurs par ses prevenances, elle ne craignait pas de les blesser
par son humeur moqueuse et satirique.

Dans tous les chateaux de la contree on s'empressait de lui faire,
ainsi qu'a sa societe, l'accueil le plus gracieux et le plus
distingue, et cependant elle ne revenait jamais de ses visites sans
prouver, par ses observations railleuses, que son esprit ne saisissait
jamais que le cote ridicule des diverses situations de la vie.

La, c'etaient trois freres qui avaient vieilli dans le celibat parce
que chacun d'eux aurait cru manquer a la politesse, s'il n'avait pas
cede a l'autre le privilege de se marier le premier. Ici une petite
jeune femme tourbillonnait autour d'un mari vieux et grand, et
ailleurs un petit homme eveille vivait a l'ombre d'une geante
disgracieuse. Ailleurs encore on butait a chaque pas dans les jambes
d'un enfant, tandis qu'un autre chateau, malgre la nombreuse societe
qu'elle y reunissait, lui avait semble vide, parce qu'il n'y avait pas
d'enfants.

--Les vieux epoux, disait-elle, devraient se faire ensevelir le plus
tot possible, afin que l'on put du moins entendre, dans leur lugubre
demeure, les bruyants eclats de rire des collateraux. Quant aux
jeunes epoux, il faut qu'ils voyagent, car la vie de menage les rend
souverainement ridicules.

Les choses inanimees ne trouvaient pas chez elle plus d'indulgence;
sa malignite s'excitait sur les antiques tapisseries de haute lisse,
comme sur les tentures les plus modernes; sur les respectables
tableaux de famille, comme sur les plus frivoles gravures des modes du
jour.

Tous ces travers, cependant, n'etaient pas le resultat d'une
mechancete reflechie, mais d'une petulance folle et presomptueuse.
Jamais encore elle ne s'etait montree malveillante pour personne,
Ottilie seule lui inspira ce sentiment, et elle ne chercha pas meme
a le deguiser. Tout le monde remarquait et louait son activite
infatigable, tandis que Luciane n'en parlait jamais qu'avec une
amertume dedaigneuse. Pour la convaincre du merite de cette jeune
fille, on lui apprit qu'elle etendait ses soins jusque sur les jardins
et sur les serres, et des le lendemain Luciane se plaignit de la
rarete des fleurs et des fruits, comme si elle avait oublie que l'on
etait au milieu de l'hiver. Elle poussa meme la malice jusqu'a faire
enlever chaque jour, sous pretexte d'orner les appartements et les
tables, les fleurs en boutons et les branches vertes des arbres, afin
de detruire ainsi, pour toute la saison prochaine, les esperances
d'Ottilie et du jardinier dont elle secondait les intelligents
travaux.

Persuadee que la pauvre enfant ne pouvait se mouvoir a son aise que
dans le cercle domestique, Luciane l'en arracha malgre elle, tantot
pour aller aux assemblees ou aux bals du voisinage, tantot pour
grossir le cortege de ses promenades en traineau et a cheval,
a travers la neige, la glace et la tempete. En vain Ottilie
chercha-t-elle a lui faire comprendre que ses devoirs de menagere la
retenaient a la maison, et que sa sante etait trop delicate pour un
pareil genre de vie, Luciane avait pour principe que tout ce qui lui
convenait ne devait gener ni incommoder personne.

Bientot cependant elle eut lieu de se repentir de ce despotisme; car
Ottilie, quoique toujours la moins paree, etait, aux yeux des hommes
du moins, la plus belle. Sa melancolie pensive les attirait, et sa
douceur inalterable les fixait. Le futur lui-meme subissait, sans le
savoir, cette fascination; il aimait a s'entretenir avec elle, et a la
consulter sur un projet qui le preoccupait fortement.

L'Architecte S'etait decide enfin a lui montrer ses dessins et sa
collection d'objets d'antiquite, il consentit meme a lui faire voir
les travaux qu'il avait executes dans les domaines du Baron, ainsi
que les restaurations et les peintures de l'eglise et de la chapelle.
Cette complaisance eut le resultat qu'elle ne pouvait manquer d'avoir:
le futur de Luciane concut une haute idee du talent et du caractere de
l'Architecte.

Riche, et amateur passionne des arts, ce jeune seigneur etait assez
sage pour sentir qu'il perdrait son temps et son argent, s'il suivait
au hasard le penchant qui le poussait a faire batir et a reunir des
objets curieux. La direction d'un homme prudent et experimente lui
etait indispensable, et personne ne pouvait mieux remplir son but que
l'Architecte, dont il venait de faire connaissance d'une maniere si
inattendue: il en parla a Luciane qui l'excita a s'attacher sans delai
ce jeune artiste.

En allant ainsi au-devant des desirs de son futur, elle n'avait
d'autre intention que d'enlever a Ottilie un homme remarquable qui
lui avait voue une amitie si tendre, qu'on ne pouvait manquer d'y
reconnaitre un commencement d'amour. L'idee que les conseils et les
secours d'un artiste aussi distingue pourraient lui etre utiles a
elle-meme, n'entrait pour rien dans sa conduite. Cependant il avait
deja plus d'une fois donne a ses fetes improvisees un merite reel;
mais loin de lui en savoir gre, elle ne supposait pas meme la
possibilite qu'elle put avoir besoin de ses avis; elle se croyait
superieure en tout et a tout le monde. Au reste, l'intelligence et
l'adresse de son valet de chambre qui lui avaient suffi jusque la,
etaient en effet tout ce qu'il fallait pour executer ses inventions
vulgaires et bornees; car jamais elle ne voyait, pour celebrer les
anniversaires ou tout autre jour remarquable, qu'un autel ou brulait
l'encens et la flamme du sacrifice, un buste, des couronnes, des
guirlandes et des transparents.

Ottilie etait parfaitement a meme de donner a son futur cousin une
juste idee de la position dans laquelle se trouvait l'Architecte. Elle
savait que Charlotte ne pouvait ni ne voulait plus l'employer, et que,
sans l'arrivee de Luciane et de sa brillante suite, il aurait deja
quitte le chateau; la rigueur de la saison rendant d'ailleurs toute
construction impossible, lors meme qu'on aurait voulu en faire
executer. L'intelligent artiste avait donc plus que jamais besoin d'un
protecteur qui eut le pouvoir et la volonte d'utiliser son talent.

Les rapports de cet artiste avec l'aimable Ottilie etaient nobles et
purs comme elle. La jeune fille aimait a le voir deployer sous ses
yeux les forces actives de sa belle intelligence, comme on aime a etre
temoin des utiles travaux et des honorables succes d'un frere. Son
affection calme et paisible ne sortait pas de ses limites; une passion
quelconque ne pouvait plus trouver de place dans son coeur qu'Edouard
remplissait tout entier; Dieu, lui qui penetre partout, pouvait seul y
regner avec lui.

Plus l'hiver devenait rigoureux et les routes impraticables, plus on
s'applaudissait du hasard qui avait mis tout le voisinage a meme de
passer, en bonne compagnie, cette triste saison avec ses courtes
journees et ses nuits interminables. Le torrent des visiteurs qui
inondait le chateau allait toujours en croissant; on avait tant parle
de la vie joyeuse qu'on y menait, que ces bruits attirerent les
officiers en garnison dans les environs. Les uns, aussi bien eleves
que bien nes augmenterent la satisfaction generale, tandis que les
autres causerent plus d'un desordre par leur manque d'usage et leur
grosse gaite.

Au milieu de ce mouvement perpetuel, le Comte et la Baronne arriverent
de la maniere la plus inattendue; leur presence convertit tout a
coup cette cohue bigarree en une veritable cour. Les hommes les plus
distingues par leur rang et leurs manieres se grouperent autour
du Comte, et la Baronne donna l'impulsion aux dames qui, toutes,
rendaient justice a son merite superieur.

On avait ete surpris d'abord de les voir arriver ensemble et
publiquement. L'air de satisfaction qui respirait sur leur visage
avait mis le comble a cette surprise. En apprenant que la femme du
Comte venait de mourir, et que, par consequent, il pouvait epouser
la Baronne des que les convenances sociales le lui permettraient, on
comprit leur gaite et on la partagea franchement.

Ottilie seule se rappela avec une vive douleur leur premiere visite,
et tout ce qui avait ete dit alors sur le mariage et le divorce, sur
le devoir et les penchants, sur les desirs et sur la resignation.
Ces deux amants dont, a cette epoque, rien encore n'autorisait les
esperances, se representaient devant elle, surs enfin de leur bonheur,
au moment meme ou tout lui imposait la loi de renoncer au sien. Il
etait donc bien naturel qu'elle ne put les revoir sans etouffer un
soupir et essuyer furtivement une larme de regret.

A peine Luciane eut-elle appris que le Comte aimait la musique,
qu'elle organisa des concerts, ou elle esperait briller par son chant
qu'elle accompagnait de la guitare, instrument dont elle se servait
avec art. Quant a sa voix, elle etait belle et bien cultivee; mais il
etait aussi impossible de comprendre les paroles qu'elle chantait que
celles de toutes les belles chanteuses allemandes qui font les delices
des salons. Un soir son triomphe fut trouble par un incident peu
flatteur pour son amour-propre.

Au nombre des auditeurs se trouvait un jeune poete qui, pour
l'instant, etait l'objet de ses preferences, parce qu'elle voulait le
mettre dans la necessite de composer des vers pour elle, et de les lui
dedier authentiquement. Pour hater ce resultat, elle avait pris le
parti de ne chanter que les vers de ce poete. Des que le premier
morceau fut fini, il vint comme tout le monde, ainsi que la politesse
l'exige, la feliciter sur son admirable talent. Luciane, qui en
avait espere davantage de sa part, hasarda, mais en vain, plusieurs
allusions sur le choix des paroles. Forcee enfin de reconnaitre qu'il
ne la comprenait pas, ou qu'il ne voulait pas la comprendre, elle
chargea un des gentilshommes de sa suite, accoutume a executer ses
ordres, de demander directement au poete recalcitrant si ses vers,
chantes par une si belle bouche et une voix si seduisante, ne lui
avaient pas paru plus beaux qu'a l'ordinaire.--Mes vers? demanda le
poete surpris, mais je n'ai entendu que des voyelles, et pas meme
nettement articulees! N'importe, il est de mon devoir de remercier
cette dame de son aimable attention, et je m'en acquitterai.

Le Courtisan etait trop bien appris pour rendre a sa souveraine un
compte fidele de sa mission, le poete paya sa dette par des phrases
sonores, mais banales, et Luciane lui exprima assez clairement le
desir de pouvoir chanter a la premiere occasion une romance composee
par lui et pour elle. Pique de cette demande, il eut un instant la
pensee de lui presenter un alphabet, et de lui conseiller de prendre
au hasard les premieres lettres venues, avec l'intention d'en former
un hymne a sa louange, qu'elle pourrait ensuite appliquer au premier
air qu'il lui plairait de choisir; mais il sentit a temps que cette
ironie eut ete trop amere, et meme inconvenante. La soiree cependant
ne devait pas se passer sans faire subir a Luciane une humiliation
complete, car on ne tarda pas a lui apprendre que le jeune poete
venait de glisser dans le cahier de musique d'Ottilie un charmant
petit poeme qu'il avait compose sur un des airs favoris de la jeune
fille, et dans lequel respirait un sentiment trop tendre pour qu'il
fut possible de ne l'attribuer qu'a la simple galanterie.

Les personnes avides de louanges et dominees par le besoin de briller,
se croient ordinairement aptes a tout, et s'attachent presque toujours
de preference a ce qu'elles font mal. Luciane etait plus que toute
autre soumise a cette loi; aussi ne tarda-t-elle pas a chercher de
nouveaux succes dans la declamation. Sa memoire etait bonne, mais son
debit etait calcule sans intelligence, et exalte sans passion. Elle
avait, en outre, contracte la mauvaise habitude de ne jamais rien
reciter sans faire des gestes qui confondaient desagreablement le
genre lyrique et epique avec le genre dramatique.

Le Comte, dont l'esprit penetrant avait saisi en peu de jours tous les
travers de la societe dont il etait, pour ainsi dire, le chef et le
directeur, suggera a Luciane un projet qui devait lui fournir le moyen
de se poser d'une maniere nouvelle devant ses admirateurs.

--Vous avez autour de vous, lui dit-il, beaucoup de personnes
spirituelles et gracieuses, et je suis etonne qu'avec leur secours
vous n'ayez pas encore represente quelques tableaux celebres. Ces
sortes de representations demandent une foule de soins et d'apprets,
j'en conviens, mais elles ont un charme infini.

Ce genre d'amusement convenait parfaitement au gout et au caractere de
Luciane, aussi s'empressa-t-elle de suivre le conseil indirect que le
Comte venait de lui donner, et dont elle avait le droit d'esperer de
grands succes. Sa taille elegante, ses formes arrondies, sa figure
reguliere et expressive, ses beaux cheveux bruns, son cou blanc et
souple, tout en elle enfin etait parfait et digne de servir de modele
au plus grand peintre; et son penchant pour les tableaux vivants
serait sans doute devenu une passion exclusive, si elle avait su
qu'elle etait plus belle encore quand elle etait tranquille et calme,
que lorsqu'elle se mouvait sans cesse; car alors elle avait quelque
chose de turbulent qui devenait parfois disgracieux.

Ne pouvant se procurer les tableaux des grands maitres que l'on
voulait representer, on se contenta des gravures qui se trouvaient au
chateau. On choisit d'abord le Belisaire de Van-Dick. Le personnage
assis du vieux general aveugle fut confie a un gentilhomme deja avance
en age, grand, bien fait et d'une physionomie noble. L'Architecte se
chargea du guerrier qui, debout devant le general, le regarde avec une
tristesse compatissante; par un hasard singulier, il avait reellement
beaucoup de ressemblance avec ce guerrier. Luciane s'etait modestement
contentee de la jolie jeune femme que l'on voit au fond du tableau,
faisant passer de sa bourse dans sa main, l'aumone qu'elle destine a
l'aveugle. La vieille qui semble lui dire qu'elle va trop donner, et
la troisieme femme qui deja remet son offrande a Belisaire ne furent
point oubliees.


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