Why We Are At War (2nd Edition, revised) - Members of the Oxford Faculty of Modern History
(Signe) Bronewsky.
No. 8.
Le Charge d'Affaires en France an Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Paris, le 11/24 Juillet 1914.
La copie de la note officiellement remise a Belgrade a ete communiquee
par l'Ambassadeur d'Autriche an Gouvernement Francais. Plus tard
l'Ambassadeur d'Allemagne a visite le Ministre et lui a lu une
communication reproduisant les arguments autrichiens et indiquant qu'en
cas de refus de la part de la Serbie, l'Autriche serait obligee de
recourir a une pression et, en cas de besoin, a des mesures militaires;
la communication se terminait par la remarque qu'a l'avis de l'Allemagne
cette question devrait etre resolue directement entre l'Autriche et la
Serbie et qu'il etait de l'interet des Puissances de circonscrire
l'affaire en l'abandonnant aux Parties interessees. Le Gerant du
Departement Politique, qui assistait a l'entretien, demanda a
l'Ambassadeur s'il fallait considerer l'action autrichienne comme un
ultimatum--en d'autres termes, si, dans le cas ou la Serbie ne se
soumettrait pas entierement aux demandes autrichiennes, les hostilites
etaient inevitables? L'ambassadeur evita une reponse directe en
alleguant l'absence d'instructions.
(Signe) Sevastopoulo.
No. 9.
Le Charge d'Affaires en Serbie au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Belgrade, le 11/24 Juillet 1914.
Pachitch est rentre a Belgrade. Il a l'intention de donner dans le delai
fixe, c'est a dire demain Samedi a 6 heures du soir, une reponse a
l'Autriche indiquant les points acceptables et inacceptables. On
adressera aujourd'hui meme aux Puissances la priere de defendre
l'independance de la Serbie. Ensuite, ajouta Pachitch, si la guerre est
inevitable--nous ferons la guerre.
(Signe) Strandtman.
No. 10.
Communique du Gouvernement Imperial.
St.-Petersbourg, le 12/25 Juillet 1914.
Les derniers evenements et l'envoi par l'Autriche-Hongrie d'un ultimatum
a la Serbie preoccupent le Gouvernement Imperial an plus haut degre. Le
Gouvernement suit attentivement l'evolution du conflit serbo-autrichien
qui ne peut pas laisser la Russie indifferente.
No. 11.
Le Charge d'Affaires en Autriche-Hongrie au Ministre des Affaires
Etrangeres.
_(Telegramme)._ Vienne, le 12/25 Juillet 1914.
Le comte Berchtold se trouve a Ischl. Vu l'impossibilite d'y arriver a
temps, je lui ai telegraphie notre proposition de prolonger le delai de
l'ultimatum et l'ai repetee verbalement au Baron Macchio. Ce dernier m'a
promis de la communiquer a temps au Ministre des Affaires Etrangeres,
mais a ajoute qu'il pouvait predire avec assurance un refus categorique.
(Signe) Koudachew.
No. 12.
Le Charge d'Affaires en Autriche-Hongrie an Ministre des Affaires
Etrangeres.
_(Telegramme)._ Vienne, le 12/25 Juillet 1914.
Suite a mon telegramme d'aujourd'hui. Viens de recevoir de Macchio la
reponse negative du Gouvernement Austro-Hongrois a notre proposition de
prolonger le delai de la note.
(Signe) Koudachew.
No. 13.
Le Charge d'Affaires en Serbie an Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Belgrade, le 12/25 Juillet 1914.
Recu avec retard le 14--27 Juillet 1914.
Je transmets la reponse que le President du Conseil des Ministres Serbe
a remis an ministre Austro-Hongrois a Belgrade aujourd'hui avant
l'expiration du delai de l'ultimatum....
(The text of the reply will be found in the British White Book
(_Correspondence_, No. 39) and also in the German White Book, pp. 23-32
(supra, Appendix I.).)
No. 14.
Le Charge d'affaires en Allemagne au Ministre des affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Berlin, le 12/25 Juillet 1914.
Ai recu Votre telegramme du 11/24 Juillet. Ai communique son contenu an
Ministre des Affaires Etrangeres. Il me dit que le Gouvernement Anglais
l'a egalement prie de conseiller a Vienne la prolongation du delai de
l'ultimatum; il a communique cette demarche telegraphiquement a Vienne,
il va en faire autant pour notre demarche, mais il craint qu'a la suite
de l'absence de Berchtold parti pour Ischl, et vu le manque de temps,
ses telegrammes ne restent sans resultats; il a, en outre, des doutes
sur l'opportunite pour l'Autriche de ceder an dernier moment et il se
demande si cela ne pouvait pas augmenter l'assurance de la Serbie. J'ai
repondu qu'une grande Puissance comme l'Autriche pourrait ceder sans
porter atteinte a son prestige et ai fait valoir tous les arguments
conformes, cependant je n'ai pu obtenir des promesses plus precises.
Meme lorsque je laissais entendre qu'il fallait agir a Vienne pour
eviter la possibilite de consequences redoutables, le Ministre des
Affaires Etrangeres repondait chaque fois negativement.
(Signe) Bronewsky.
No. 15.
Le Charge d'affaires en France an Ministre des Affaires Etrangeres.
(_Telegramme_). Paris, le 12/25 Juillet 1914.
Ai recu le telegramme du 11/24 Juillet concernant la prolongation du
delai de l'ultimatum autrichien et ai fait la communication prescrite.
Le Representant de France a Vienne a ete muni d'instructions conformes.
(Signe) Sevastopoulo.
No. 16.
L'Ambassadeur en Angleterre an Ministre des Affaires Etrangeres.
(_Telegramme_). Londres, le 12/25 Juillet 1914.
Recu telegramme du 11 Juillet. Grey a prescrit a l'Ambassadeur
d'Angleterre a Vienne d'appuyer notre demarche concernant la
prolongation du delai de l'ultimatum. Il m'a dit en meme temps que
l'Ambassadeur d'Autriche etait venu le voir et avait explique qu'on ne
devrait pas attribuer a la note autrichienne le caractere d'un
ultimatum; il faudrait la considerer comme une demarche qui, en cas
d'absence de reponse ou en cas de reponse insuffisante au terme fixe,
aurait comme suite la rupture des relations diplomatiques et le depart
immediat de Belgrade du Ministre d'Autriche-Hongrie, sans entrainer
cependant le commencement immediat des hostilites.--Grey a ajoute qu'a
la suite de cette explication il a indique a l'Ambassadeur d'Angleterre
a Vienne que dans le cas ou il serait trop tard pour soulever la
question de la prolongation du delai de l'ultimatum, celle de l'arret
des hostilites pourrait peut-etre servir de base a la discussion.
(Signe) Benckendorff.
No. 17.
Le Ministre des Affaires Etrangeres a l'Ambassadeur a Londres.
_(Telegramme)._ St.-Petersbourg, le 12/25 Juillet 1914.
Dans le cas d'une nouvelle aggravation de la situation, pouvant
provoquer de la part des Grandes Puissances des actions conformes, nous
comptons que l'Angleterre ne tardera pas de se ranger nettement du cote
de la Russie et de la France, en vue de maintenir l'equilibre europeen,
en faveur duquel elle est intervenue constamment dans le passe et qui
serait sans aucun doute compromis dans le cas du triomphe de l'Autriche.
(Signe) Sazonow.
No. 18.
Note verbale remise par l'Ambassadeur d'Allemagne au Ministre des
Affaires Etrangeres le 12/25 Juillet 1914.
Il nous revient de source autoritative que la nouvelle repandue par
quelques journaux d'apres laquelle la demarche du Gouvernement
d'Autriche-Hongrie a Belgrade aurait ete faite a l'instigation de
l'Allemagne est absolument fausse. Le Gouvernement Allemand n'a pas eu
connaissance du texte de la note Autrichienne avant qu'elle ait ete
remise et n'a exerce aucune influence sur son contenu. C'est a tort
qu'on attribue a l'Allemagne une attitude comminatoire.
L'Allemagne appuie naturellement comme allie de l'Autriche les
revendications a son avis legitimes du Cabinet de Vienne contre la
Serbie.
Avant tout elle desire comme elle l'a deja declare des le commencement
du differend Austro-Serbe que ce conflit reste localise.
No. 19.
Le Charge d'affaires en France an Ministre des affaires Etrangeres.
_(Telegramme)_ Paris, le 12/25 Juillet 1914.
Me refere a mon telegramme du 11/24 Juillet.
Aujourd'hui un journal du matin a publie, sous une forme pas entierement
exacte, les declarations d'hier de l'Ambassadeur d'Allemagne, en les
faisant suivre de commentaires qui attribuent a cette demarche le
caractere d'une menace. L'Ambassadeur d'Allemagne, tres impressionne par
ces divulgations, a visite aujourd'hui le Gerant du Departement
Politique pour lui dire que ses paroles n'avaient nullement eu le
caractere de menace qu'on leur attribue. Il a declare que l'Autriche
avait presente sa note a la Serbie sans entente precise avec Berlin,
mais que cependant l'Allemagne approuvait le point de vue de l'Autriche
et que certainement 'la fleche une fois partie' (ce sont la ses propres
paroles), l'Allemagne ne pouvait se laisser guider que par ses devoirs
d'alliee.
(Signe) Sevastopoulo.
No. 20.
L'ambassadeur en Angleterre au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Londres, le 12/25 Juillet 1914.
Grey m'a dit que l'Ambassadeur d'Allemagne lui a declare que le
Gouvernement Allemand n'avait pas ete informe du texte de la note
autrichienne, mais qu'il soutenait entierement la demarche autrichienne.
L'Ambassadeur a demande en meme temps si l'Angleterre pouvait consentir
a agir a St. Petersbourg dans un esprit de conciliation. Grey a repondu
que cela etait completement impossible. Le Ministre a ajoute que tant
que les complications n'existaient qu'entre l'Autriche et la Serbie, les
interets Anglais n'etaient engages qu'indirectement, mais qu'il devait
prevoir que la mobilisation autrichienne aurait comme suite la
mobilisation de la Russie et que des ce moment on se trouverait en
presence d'une situation a laquelle seraient interessees toutes les
Puissances. L'Angleterre se reservait pour ce cas une complete liberte
d'action.
(Signe) Benckendorff.
No. 21.
Le Charge d'affaires en Serbie an Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Belgrade, le 12/25 Juillet 1914.
Malgre le caractere extremement conciliant de la reponse serbe a
l'ultimatum, le Ministre d'Autriche vient d'informer, a 6-1/2 du soir,
le Gouvernement Serbe par note, que n'ayant pas recu an delai fixe une
reponse satisfaisante il quitte Belgrade avec tout le personnel de la
Legation. La Scoupchtina est convoquee a Nich pour le 14/27 Juillet. Le
Gouvernement Serbe et le Corps Diplomatique partent ce soir pour la meme
ville.
(Signe) Strandtman.
No. 22.
L'Ambassadeur en Angleterre an Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Londres, le 12/25 Juillet 1914.
Grey a dit a l'Ambassadeur d'Allemagne qu'a son avis la mobilisation
autrichienne devait entrainer la mobilisation de la Russie, qu'alors
surgirait le danger aigu d'une guerre generale et qu'il ne voyait qu'un
seul moyen pour une solution pacifique: qu'en presence des mobilisations
autrichienne et russe, l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Angleterre
s'abstiennent d'une mobilisation immediate et proposent tout d'abord
leurs bons offices. Grey m'a dit que ce plan necessitait avant tout
l'agrement de l'Allemagne et l'engagement de cette Puissance de ne pas
mobiliser. En consequence il a adresse tout d'abord a Berlin une
question a ce sujet.
(Signe) Benckendorff.
No. 23.
Le Ministre des Affaires Etrangeres a l'Ambassadeur en Italie.
_(Telegramme)._ St. Petersbourg, le 13/26 Juillet 1914.
L'Italie pourrait jouer un role de tout premier ordre en faveur du
maintien de la paix, en exercant l'influence necessaire sur l'Autriche
et en adoptant une attitude nettement defavorable au conflit, car ce
dernier ne saurait etre localise. Il est desirable que vous exprimiez la
conviction qu'il est impossible pour la Russie de ne pas venir en aide a
la Serbie.
(Signe) Sazonow.
No. 24.
Le Gerant du Consulat a Prague au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Prague, le 13/26 Juillet 1914.
La mobilisation a ete decretee.
(Signe) Kazansky.
No. 25.
Le Ministre des Affaires Etrangeres a l'Ambassadeur en Autriche-Hongrie.
_(Telegramme)._ St. Petersbourg, le 13/26 Juillet 1914.
J'ai eu aujourd'hui un long entretien sur un ton amical avec
l'Ambassadeur d'Autriche-Hongrie. Apres avoir examine avec lui les 10
demandes adressees a la Serbie, j'ai fait observer qu'a part la forme
peu habile sous laquelle elles sont presentees, quelques-unes parmi
elles sont absolument inexecutables, meme dans le cas ou le gouvernement
Serbe declarerait les vouloir accepter. Ainsi, par exemple, les points 1
et 2 ne pourraient etre executes sans un remaniement des lois serbes sur
la presse et sur les associations, pour lequel le consentement de la
Scoupchtina pourrait etre difficilement obtenu; quant a l'execution des
points 4 et 5, elle pourrait produire des consequences fort dangereuses
et meme faire naitre le danger d'actes de terrorisme diriges contre les
membres de la Maison Royale et contre Pachitch, ce qui ne saurait entrer
dans les vues de l'Autriche. En ce qui regarde les autres points, il me
semble, qu'avec certains changements dans les details, il ne serait pas
difficile de trouver un terrain d'entente si les accusations y contenues
etaient confirmees par des preuves suffisantes.
Dans l'interet de la conservation de la paix qui, aux dires de Szapary,
est precieuse a l'Autriche au meme degre qu'a toutes les Puissances, il
serait necessaire de mettre au plus tot possible une fin a la situation
tendue du moment. Dans ce but il me semblerait tres desirable que
l'Ambassadeur d'Autriche-Hongrie fut autorise d'entrer avec moi dans un
echange de vues prive aux fins d'un remaniement en commun de quelques
articles de la note autrichienne du 10/23 Juillet. Ce procede
permettrait peut-etre de trouver une formule qui fut acceptable pour la
Serbie, tout en donnant satisfaction a l'Autriche quant au fond de ses
demandes. Veuillez avoir une explication prudente et amicale dans le
sens de ce telegramme avec le Ministre des Affaires Etrangeres.
Communique aux Ambassadeurs en Allemagne, en France, en Angleterre et en
Italie.
(Signe) Sazonow.
No. 26.
Le Ministre des Affaires Etrangeres a l'Ambassadeur en Allemagne.
_(Telegramme)._ St. Petersbourg, le 13/26 Juillet.
Veuillez communiquer le contenu de mon telegramme a Vienne d'aujourd'hui
au Ministre des Affaires Etrangeres Allemand et lui exprimer l'espoir,
que de son cote il trouvera possible de conseiller a Vienne d'aller
au-devant de notre proposition.
(Signe) Sazonow.
No. 27.
Le Charge d'Affaires en France au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Paris, le 13/26 Juillet 1914.
Le Directeur du Departement Politique m'informe, que lors de la
communication qu'il a faite a l'Ambassadeur d'Autriche du contenu de la
reponse serbe a l'ultimatum, l'Ambassadeur n'a pas cache son etonnement
de ce qu'elle n'ait pas donne satisfaction a Giesl. L'attitude
conciliante de la Serbie doit, selon l'avis du Directeur du Departement
Politique, produire la meilleure impression en Europe.
(Signe) Sevastopoulo.
No. 28.
Le Charge d'Affaires en France an Ministre des Affaires Etrangeres.
(_Telegramme_). Paris, le 13/26 Juillet 1914.
Aujourd'hui l'Ambassadeur d'Allemagne a de nouveau rendu visite au
Gerant du Ministere des Affaires Etrangeres et lui a fait les
declarations suivantes:
"L'Autriche a declare a la Russie qu'elle ne recherche pas des
acquisitions territoriales et qu'elle ne menace pas l'integrite de la
Serbie. Son but unique est d'assurer sa propre tranquillite. Par
consequent il depend de la Russie d'eviter la guerre. L'Allemagne se
sent solidaire avec la France dans le desir ardent de conserver la paix
et espere fermement que la France usera de son influence a Petersbourg
dans un sens moderateur". Le Ministre fit observer que l'Allemagne
pourrait de son cote entreprendre des demarches analogues a Vienne,
surtout en presence de l'esprit de conciliation dont a fait preuve la
Serbie. L'Ambassadeur repondit que cela n'etait pas possible, vu la
resolution prise de ne pas s'immiscer dans le conflit austro-serbe.
Alors le Ministre demanda, si les quatre Puissances--l'Angleterre,
l'Allemagne, l'Italie et la France--ne pouvaient pas entreprendre des
demarches a St. Petersbourg et a Vienne, puisque l'affaire se reduisait
en somme a un conflit entre la Russie et l'Autriche. L'Ambassadeur
allegua l'absence d'instructions. Finalement le Ministre refusa
d'adherer a la proposition allemande.
(Signe) Sevastopoulo.
No. 29.
Le Charge d'Affaires en France au Ministre des Affaires Etrangeres.
(_Telegramme_). Paris, le 13/28 Juillet 1914.
Le Directeur du Departement Politique a declare qu'a son avis personnel,
les demarches successives allemandes a Paris ont pour but d'intimider la
France et d'amener son intervention a St. Petersbourg.
(Signe) Sevastopoulo.
No. 30.
Le Charge d'Affaires en Allemagne au Ministre des Affaires Etrangeres.
(_Telegramme_). Berlin, le 13/26 Juillet 1914.
Apres la reception a Berlin de la nouvelle de la mobilisation de l'armee
autrichienne contre la Serbie une grande foule, composee, aux dires des
journaux, en partie d'elements autrichiens, se livra a une serie de
bruyantes manifestations en faveur de l'Autriche. A une heure avancee de
la soiree les manifestants se masserent a plusieurs reprises devant le
palais de l'Ambassade Imperiale en poussant des cris hostiles a la
Russie; la police etait presque absente et ne prenait aucune mesure.
(Signe) Bronewsky.
No. 31.
L'Ambassadeur en Angleterre au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)_.
Londres, le 14/27 Juillet 1914.
Ai recu votre telegramme du 13-26 Juillet. Prie me telegraphier si, a
Votre avis, Vos pourparlers directs avec le cabinet de Vienne
s'accordent avec le projet de Grey concernant la mediation des 4
Gouvernements. Ayant appris de l'Ambassadeur d'Angleterre a St.
Petersbourg que Vous etiez dispose a accepter cette combinaison, Grey a
decide de la transformer en une proposition officielle qu'il a faite
hier soir a Berlin, a Paris et a Rome.
(Signe) Benckendorff.
No. 32.
Le Ministre des Affaires Etrangeres aux Ambassadeurs en France et en
Angleterre.
_(Telegramme)_.
St. Petersbourg, le 14/27 Juillet 1914.
(Printed in the British White Book (_Correspondence_, No. 53.).)
No. 33.
Le Ministre des Affaires Etrangeres aux Ambassadeurs en France, en
Angleterre, en Allemagne, en Autriche-Hongrie et en Italie.
_(Telegramme)_.
St. Petersbourg, le 14/27 Juillet 1914.
Ai pris connaissance de la reponse transmise par le Gouvernement Serbe
au Baron Giesl. Elle depasse toutes nos previsions par sa moderation et
son desir de donner la plus complete satisfaction a l'Autriche. Nous ne
voyons pas quelles pourraient etre encore les demandes de l'Autriche, a
moins que le Cabinet de Vienne ne cherche un pretexte pour une guerre
avec la Serbie.
(Signe) Sazonow.
No. 34.
Le Charge d'Affaires en France au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)_.
Paris, le 14/27 Juillet 1914.
L'Ambassadeur d'Allemagne a confere aujourd'hui de nouveau longuement
sur la situation avec le Directeur du Departement Politique.
L'Ambassadeur a beaucoup insiste sur l'exclusion de toute possibilite
d'une mediation ou d'une conference.
(Signe) Sevastopoulo.
No. 35.
L'Ambassadeur en France au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Paris, le 14/27 Juillet 1914.
Ai confere avec le Gerant du Ministere des Affaires Etrangeres, en
presence de Berthelot, immediatement apres mon retour a Paris. Tous les
deux m'out confirme les details concernant les demarches de
l'Ambassadeur d'Allemagne que Sevastopoulo Vous a communiques dans ses
telegrammes. Ce matin le Baron de Schoen a confirme par ecrit sa
declaration d'hier, savoir: 1) l'Autriche a declare a la Russie qu'elle
ne recherche pas d'acquisitions et n'attente pas a l'integrite de la
Serbie. Son unique but est d'assurer sa propre tranquillite. 2) Par
consequent il depend de la Russie d'eviter la guerre. 3) L'Allemagne et
la France, completement solidaires dans l'ardent desir de ne pas rompre
la paix, doivent agir sur la Russie dans un sens moderateur. Le Baron de
Schoen a specialement souligne l'expression de la solidarite entre
l'Allemagne et la France. D'apres la conviction du Ministre de la
Justice, les demarches susdites de l'Allemagne out pour but evident de
desunir la Russie et la France, d'entrainer le Gouvernement Francais
dans la voie des representations a St. Petersbourg et de compromettre
ainsi notre allie a nos yeux; enfin, en cas de guerre, d'en rejeter la
responsabilite non sur l'Allemagne, qui emploie soi-disant tous ses
efforts pour le maintien de la paix, mais sur la Russie et la France.
(Signe) Iswolsky.
No. 36.
L'Ambassadeur en France au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Paris, le 14/27 Juillet 1914.
Il ressort de vos telegrammes du 13/26 Juillet que vous ne connaissiez
pas encore la reponse du Gouvernement Serbe. Le telegramme par lequel
cette nouvelle m'a ete communiquee de Belgrade a ete egalement en route
pendant 20 heures. Le telegramme du Ministre des Affaires Etrangeres
Francais expedie avant-hier, au triple tarif, a onze heures du matin, et
contenant l'ordre d'appuyer notre demarche, n'est parvenu a sa
destination qu'a 6 heures. Il n'y a aucun doute que ce telegramme n'ait
ete retenu intentionnellement par le telegraphe autrichien.
(Signe) Iswolsky.
No. 37.
L'Ambassadeur en France au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Paris, le 14/27 Juillet 1914.
D'ordre de son Gouvernement, l'Ambassadeur d'Autriche a communique au
Gerant du Ministere des Affaires Etrangeres que la reponse de la Serbie
a ete jugee insuffisante a Vienne et que demain, mardi, l'Autriche
procederait a des 'actions energiques' don't le but serait de forcer la
Serbie de lui donner les garanties necessaires. Le Ministre ayant
demande en quoi consisteraient ces actions, l'Ambassadeur repondit qu'il
n'avait pas de renseignements exacts a ce sujet, mais qu'il pouvait
s'agir d'un passage da la frontiere serbe, d'un ultimatum et meme d'une
declaration de guerre.
(Signe) Iswolsky.
No. 38.
Le Charge d'Affaires en Allemagne au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Berlin, le 14/27 Juillet 1914.
J'ai prie le Ministre des Affaires Etrangeres d'appuyer a Vienne votre
proposition tendant a autoriser Szapary d'elaborer, par la voie d'un
echange de vues prive avec Vous, une redaction des demandes
austro-hongroises acceptable pour les deux parties. Jagow a repondu
qu'il etait an courant de cette proposition et qu'il partageait l'avis
de Pourtales que, puisque Szapary avait commence cette conversation, il
pourrait aussi bien la continuer. Il telegraphiera dans ce sens a
l'Ambassadeur d'Allemagne a Vienne. Je l'ai prie de conseiller d'une
facon plus pressante a Vienne de s'engager dans cette voie de
conciliation; Jagow a repondu qu'il ne pouvait pas conseiller a
l'Autriche de ceder.
(Signe) Bronewsky.
No. 39.
Le Charge d'Affaires en Allemagne au Ministre des Affaires Etrangeres.
_(Telegramme)._ Berlin, le 14/27 Juillet 1914.
Aujourd'hui, avant ma visite au Ministre des Affaires Etrangeres, ce
dernier avait recu celle de l'Ambassadeur de France qui avait tente de
lui faire accepter la proposition anglaise relative a une action en
faveur de la paix, action qui serait exercee simultanement a
St.-Petersbourg et a Vienne par l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie et
la France. Cambon a propose que ces Puissances donnent a Vienne un
conseil dans les termes suivants: "S'abstenir de tout acte qui pourrait
aggraver la situation de l'heure actuelle". En adoptant cette formule
voilee on eviterait de mentionner la necessite de s'abstenir d'une
invasion de la Serbie. Jagow a oppose a cette proposition un refus
categorique, et cela malgre les instances de l'Ambassadeur qui a fait
valoir, comme un bon cote de la proposition, le groupement mixte des
Puissances grace auquel on evitait l'opposition de l'Alliance a
l'Entente, ce dont s'etait si souvent plaint Jagow lui-meme.
(Signe) Bronewsky.
No. 40.
Telegramme de Sa Majeste Imperiale l'Empereur a Son Altesse Royale le
Prince Alexandre de Serbie en date du 14/27 Juillet 1914.
Votre Altesse Royale en s'adressant a Moi dans un moment
particulierement difficile ne s'est pas trompee sur les sentiments qui
M'animent a Son egard et sur Ma sympathie cordiale pour le peuple serbe.
Ma plus serieuse attention est attiree par la situation actuelle et Mon
Gouvernement s'applique de toutes ses forces a aplanir les presentes
difficultes. Je ne doute point que Votre Altesse et le Gouvernement
Royal ne veuillent faciliter cette tache en ne negligeant rien pour
arriver a une solution qui permette de prevenir les horreurs d'une
nouvelle guerre tout en sauvegardant la dignite de la Serbie.
Tant qu'il y a le moindre espoir d'eviter une effusion de sang, tous nos
efforts doivent tendre vers ce but. Si, malgre Notre plus sincere desir,
Nous ne reussissons pas, Votre Altesse peut etre assuree qu'en aucun cas
la Russie ne se desinteressera du sort de la Serbie.
(Signe) Nicolas.
No. 41.
L'Ambassadeur en Autriche-Hongrie au Ministre des Affaires Etrangeres.
(_Telegramme_). Vienne, le 14/17 juillet 1914.[194]
Le Ministre des Affaires Etrangeres est absent. Pendant un entretien
prolonge, que j'ai eu aujourd'hui avec Macchio, j'ai, en termes tout a
fait amicaux, attire son attention sur l'impression defavorable qu'a
produite en Russie la presentation par l'Autriche a la Serbie de
demandes absolument inacceptables pour chaque etat independant, bien que
petit. J'ai ajoute que ce procede, qui pourrait amener des complications
les moins desirables, a provoque en Russie une profonde surprise et une
reprobation generale. Il faut supposer que l'Autriche, sous l'influence
des assurances du Representant Allemand a Vienne, lequel pendant toute
cette crise a joue un role d'instigateur, a compte sur la probabilite de
la localisation de son conflit avec la Serbie et sur la possibilite de
porter a cette derniere impunement un coup grave. La declaration du
Gouvernement Imperial concernant l'impossibilite pour la Russie de
rester indifferente en presence d'un tel procede a provoque ici une
grande impression.